La troisième édition du Best of Congo Cooperatives a été officiellement lancée ce jeudi 2 juillet 2026 à Goma. L’initiative est portée par Congo Agri Platform, en partenariat avec African Coffee Connect. Ce programme congolais vise à mettre en valeur l’excellence du café et du cacao produits localement selon les standards internationaux.
Pour cette édition, 34 micro lots de café arabica issus des coopératives du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont présentés en vue d’une vente aux enchères internationale directe. Pour la première fois, le programme s’ouvre également au cacao, avec 34 lots provenant de différents procédés de transformation, notamment le lavage complet, le traitement naturel et la fermentation anaérobie.
Placée sous le thème « Climat des affaires : promotion des investissements », cette troisième édition ambitionne de renforcer la compétitivité des filières café et cacao congolaises et de favoriser l’attraction des investissements dans ces secteurs.
Dans un contexte marqué par une insécurité persistante et de lourdes contraintes structurelles, les producteurs de café et de cacao du Nord-Kivu et du Sud-Kivu poursuivent leurs activités. La présence de groupes armés continue d’affecter les zones de production agricole. À ces difficultés s’ajoutent le manque d’infrastructures et l’insuffisance d’électricité.
Malgré ce contexte, les producteurs restent engagés dans une production destinée en grande partie aux marchés internationaux. À l’occasion de cette rencontre tenue à Goma, plusieurs coopératives ont échangé sur les défis et les perspectives du secteur.
Cette année, vingt coopératives issues des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont pris part à l’événement. Elles proviennent notamment des territoires de Kabare, Kalehe et Idjwi, ainsi que de Masisi, Rutshuru, Beni et Lubero, incluant les villes de Beni et de Butembo.
Parmi les participants figure Bisimwa Lusari Leaandre, agriculteur originaire de Bushumba, dans le territoire de Kabare, au Sud-Kivu. Il est producteur de café au sein d’une coopérative locale. La production de café dans sa zone a connu une baisse cette année, dans un contexte marqué par l’insécurité, notamment après une attaque contre une station de lavage attribuée à des miliciens wazalendo.
« C’est pour cela que nous avons connu quelques défis cette année. La production a baissé malgré la diversité de nos cultures, car nous produisons aussi du soja et du haricot.
Pour qu’il y ait une augmentation de la production, il faut actuellement une bonne sécurité, parce qu’un agriculteur qui va au champ peut rentrer après dix minutes seulement à cause des crépitements de balles. Cela affecte fortement la production. S’il y a la sécurité, il y a aussi l’accessibilité aux champs et la collecte des cerises. Nous demandons vraiment aux autorités de nous aider à assurer la sécurité dans notre secteur », plaide-t-il.
De son côté, Emmanuel Ntirata Ntale, représentant pays de African Coffee Connect, a mis en avant les difficultés liées au déficit d’infrastructures et à l’insuffisance de l’électricité, qui continuent de freiner les activités de production du café et du cacao dans l’est de la République démocratique du Congo.
« Le café du Kivu montagneux, en particulier le café arabica, jouit d’une très bonne réputation au niveau mondial. En ce qui concerne le cacao, la qualité est également reconnue, et le secteur est en pleine évolution.
Toutefois, plusieurs défis persistent, notamment en matière d’infrastructures. L’état des routes et l’accès à l’électricité constituent des obstacles majeurs. À cela s’ajoutent des défis financiers, notamment l’accès difficile au crédit, aussi bien pour les coopératives que pour les producteurs. D’autres défis sont liés à la politique agricole, qui ne favorise pas suffisamment l’arrivée d’investisseurs pouvant investir dans le pays dans un climat serein », a-t-il déploré.
Ghislain Kamondo, directeur exécutif de Congo Agri Platform, a pour sa part, relevé que la persistance de l’insécurité empêche certaines sociétés de certification d’envoyer leurs enquêteurs dans la région, en raison des restrictions imposées par l’Union européenne. Il a également souligné le rôle stratégique de l’agrobusiness dans le développement des filières café et cacao en République démocratique du Congo.
« Malgré l’insécurité et les difficultés évoquées, 23 coopératives ont pris part à cette édition, soit une augmentation de trois coopératives supplémentaires. Cinq coopératives sont également engagées dans la filière cacao.
Cette situation illustre la résilience des acteurs du secteur, qui tentent de poursuivre leurs activités malgré les épreuves traversées. Cet engagement est également encouragé par Congo Agri, qui accompagne les petits producteurs dans la mise en marché internationale de leurs productions », a-t-il fait savoir.
La plateforme Congo Agri Platform, qui regroupe plus de 34 coopératives agricoles, intervient comme un acteur central dans la structuration des filières, en jouant un rôle de pivot au sein des clusters d’agrobusiness. À travers le programme Best of Congo Cooperatives, la demande des acheteurs internationaux est centralisée et structurée, tout en garantissant aux producteurs des débouchés organisés.
Dans ce cadre, les coopératives bénéficient d’un accompagnement axé sur l’amélioration de la qualité et de la traçabilité de leur production. Les cafés présentés sont suivis et géolocalisés à l’aide de coordonnées GPS, un mécanisme visant à renforcer la transparence et à répondre aux exigences des marchés internationaux.
L’édition 2026 met par ailleurs un accent particulier sur la mesure de l’impact des filières, ainsi que sur l’inclusion des femmes, des jeunes et des communautés autochtones, considérées comme des leviers essentiels pour un développement agricole plus durable et inclusif en République démocratique du Congo.
Josué Mutanava, à Goma