Affaire Chebeya-Bazana : 16 ans après, la VSV s'appuie sur la réforme du Code judiciaire militaire pour réclamer la réouverture du procès avec ou sans John Numbi 

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1er  juin 2010 - 1er juin 2026, 16 ans après l’assassinat de Floribert Chebeya Bahizire et de son chauffeur Fidèle Bazana Edadi, la Voix des sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) réitère son exigence de voir la justice congolaise rouvrir le procès afin que tous les présumés responsables répondent de leurs actes devant les juridictions compétentes.

En ce lundi 1er juin, la VSV a honoré une nouvelle fois la mémoire de ces deux défenseurs des droits humains qu'elle qualifie de martyrs de la démocratie et de l’État de droit en République démocratique du Congo. Pour l’organisation, cette seizième commémoration demeure marquée par un sentiment mitigé. Malgré les avancées enregistrées dans le dossier sous le régime actuel de Félix Tshisekedi, la justice ne pourra être considérée comme pleinement rendue tant que le Général d'armée John Numbi Banza Tambo, présenté comme principal suspect dans cette affaire, continuera à échapper à la justice.

" C'est donc à juste titre et dans le cadre de la lutte effective contre l'impunité en général et celle des crimes contre les défenseurs des droits humains en particulier que la VSV ainsi que tous les défenseurs des droits humains en RDCongo et à travers le monde demeurent en attente d'un nouveau procès, celui du Général d'armée John NUMBI BANZA TAMBO et consorts sur l'assassinat ou mieux le crime d'Etat dans l'Affaire Floribert CHEBEYA et Fidèle BAZANA pour qu'ils répondent tous de leurs actes criminels ", a déclaré, devant la presse, Rostin Manketa, Secrétaire Exécutif de la VSV

La VSV estime qu’au regard des progrès réalisés dans le fonctionnement de la justice militaire, les conditions sont désormais réunies pour l’organisation d’un nouveau procès impliquant le général John Numbi et toute autre personne susceptible d’être poursuivie dans le cadre de ce qu’elle qualifie de "crime d’État " contre Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.

L’organisation souligne également la nécessité de statuer sur le sort judiciaire de plusieurs personnes déjà détenues dans ce dossier, notamment le Général Zelwa Katanga, dit "Djadjidja", afin de mettre fin à une situation assimilable à une détention prolongée sans jugement.

Selon la VSV, la réouverture du procès pourrait également bénéficier des informations détenues par le colonel Paul Mwilambwe, considéré comme un témoin clé de l’affaire, dont les déclarations passées ont contribué à éclairer plusieurs zones d’ombre entourant les circonstances du double assassinat.

" La VSV rappelle par ailleurs que l’Ordonnance-loi n°26/003 du 31 janvier 2026 modifiant les articles 35 et 67 du Code judiciaire militaire permet désormais, en cas d’insuffisance de magistrats du grade requis, la désignation de magistrats de grade inférieur pour connaître des affaires impliquant des prévenus de grade supérieur. Cette réforme est perçue comme un élément susceptible de lever certains obstacles procéduraux qui avaient longtemps été invoqués dans des dossiers sensibles relevant de la justice militaire ", a soutenu Rostin Manketa, l'actuel patron de l'Organisation.

Pour la VSV, la tenue d’un procès équitable demeure possible avec ou sans la présence physique du principal suspect, l’essentiel étant que la manifestation de la vérité et la lutte contre l’impunité puissent suivre leur cours.

Rappelons-le, Floribert Chebeya avait été convoqué le 1er juin 2010 à l'Inspection générale de la police à Kinshasa pour rencontrer son responsable, le Général John Numbi, selon plusieurs témoignages. Son corps avait été retrouvé le lendemain dans sa voiture, les poignets portant des traces de menottes à Mitendi, périphérie ouest de Kinshasa. Celui de son chauffeur Fidèle Bazana n'a jamais été retrouvé. La justice a rendu des arrêts, mais pour les familles des victimes, les vrais commanditaires de leur assassinat sont toujours libres.

Clément MUAMBA