L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS/Tshisekedi) a officiellement lancé, lundi 25 mai 2026, en présence de ses cadres et militants, le processus de consultation dans le cadre de la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4), une initiative qualifiée de " citoyenne " par la direction du parti présidentiel. Selon Augustin Kabuya, le chiffre 4 représente les quatre espaces géographiques de la République démocratique du Congo, soit les quatre zones linguistiques du pays.
Interrogé lors de cette conférence de presse sur la multiplicité des initiatives autour de la réforme constitutionnelle alors que l’Union sacrée de la nation, par l’entremise de son secrétaire permanent André Mbata, avait déjà lancé une autre démarche visant à recueillir les avis et propositions des forces sociopolitiques, le patron de l’UDPS a rappelé qu’aucune disposition de la charte de l’Union sacrée n’interdit aux formations politiques ou regroupements de lancer des initiatives visant à atteindre des objectifs politiques.
Pour le député national et secrétaire général du parti présidentiel, Augustin Kabuya, cette réflexion ne date pas d’aujourd’hui. Selon lui, l’UDPS avait déjà engagé cette démarche depuis octobre 2024 à travers une note circulaire demandant aux cadres du parti, à travers l’ensemble du pays, de faire remonter au niveau national leurs différentes propositions issues de leurs bases respectives.
"Un responsable politique sérieux sait comment anticiper les choses pour ne pas être surpris. Il n’existe aucune disposition dans la charte de l’Union sacrée qui interdit à une formation politique ou à un regroupement de créer des initiatives pour atteindre un objectif. Nous parlons de la Constitution, nous sommes en 2026, vous êtes journaliste, rappelez-vous le 10 octobre 2024, si vous consultez vos archives, vous trouverez que l’UDPS avait déjà déclenché cette démarche à travers une lettre circulaire adressée à tous les responsables de ses structures de base afin qu’ils réfléchissent au changement de la Constitution. Nous n’avons aucun problème avec cela, c’est une dynamique citoyenne qui n’a rien à voir avec des plateformes politiques", a déclaré Augustin Kabuya, Secrétaire général de l'UDPS/Tshisekedi.
Selon Augustin Kabuya, la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4) s’inscrit dans une dynamique plus large, intégrant plusieurs composantes de l’environnement sociopolitique qui ne se retrouvent pas forcément au sein de l’Union sacrée de la nation.
"Alors, je ne sais pas si cela vous arrange aujourd’hui qu’on laisse toutes les forces en présence, non négligeables, puisque dans C4 coalition des congolais pour le changement de la Constitution, vous allez trouver des confessions religieuses que vous ne trouverez pas forcément au sein de l’Union sacrée, vous allez aussi y trouver la société civile et des mouvements associatifs. Je ne pense pas que nous ayons péché contre qui que ce soit. Notre idée est partie de la conférence de presse organisée au mois de mai par Son Excellence Monsieur le Président de la République à la Cité de l’Union africaine. À la fin de cette conférence de presse, il avait déclaré ceci : « Je me remets à la discussion de notre peuple. »", a expliqué Augustin Kabuya, député national.
Par ailleurs, l’élu de la circonscription électorale de Mont-Amba présente la dynamique C4 comme une réponse à la démarche de l’opposition, qui a donné naissance à la coalition C64 opposée à toute tentative de changement de la Constitution.
"Vous avez également évoqué la dynamique de nos amis de l’opposition, puisque, avant de faire quelque chose, il faut aussi suivre ce que l’adversaire prépare. Le jour de la sortie officielle de nos amis au Collège Boboto, ils se sont également adressés à la population pour lui demander de les accompagner afin qu’on ne touche pas à la Constitution. Allez-vous attendre que le Président de la République quitte son bureau de l’Union africaine pour commencer à sensibiliser la population ? La réponse est non. Admettons, par erreur, que l’opposition sensibilise la population pour que le peuple congolais refuse le changement de la Constitution. Et que, ce jour-là, le Chef de l’État ne se retrouve face qu’à un seul son de cloche. Que va-t-il faire ?", s'est-il interrogé lors de son intervention.
Et de poursuivre :
"Nous, en tant que membres de sa famille politique, nous sommes concernés par tout ce qui se passe dans le pays. Nous avons compris les messages, nous nous sommes engagés et nous avons mis en place une dynamique citoyenne dans laquelle nous sensibilisons la population, non seulement avec les hommes politiques, mais également avec des confessions religieuses".
Refroidie à la suite des offensives menées par la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, ayant conduit à la perte de vastes pans du territoire national, et dans un contexte marqué, sur le plan diplomatique, par l’avancement d’initiatives censées résoudre la crise sécuritaire, la question de la réforme de la Constitution qu’il s’agisse de sa révision ou de son changement, a refait surface et se retrouve au cœur de l’actualité politique. Porté notamment par l’UDPS, parti présidentiel et membre de l’Union sacrée, la coalition au pouvoir, ce débat continue toutefois de susciter de vives tensions politiques.
L’UDPS, tout comme l’Union sacrée de la Nation, militent officiellement pour une réforme constitutionnelle. Cependant, ce projet ne fait pas l’unanimité. Les partisans de la révision ou du changement, parmi lesquels figurent plusieurs cadres de l’Union sacrée, critiquent la Constitution actuelle de 2006, qu’ils qualifient de « Constitution piégée » et jugent inadaptée aux réalités du pays. Ils évoquent des problèmes liés à la gestion de l’État, à la définition de la nationalité, ainsi que la nécessité d’adapter le texte aux réalités congolaises. Certains avancent également l’argument de la recherche de la paix ou s’interrogent sur la faisabilité des élections prévues en 2028.
Du côté de l’opposition et d’autres forces socio-politiques congolaises, cette démarche est vivement rejetée. Elles la considèrent comme suicidaire dans un contexte marqué par la guerre d’agression menée, selon elles, par le Rwanda à travers la rébellion de l’AFC/M23. Elles estiment également que le régime Tshisekedi, au regard de son bilan jugé négatif depuis son accession au pouvoir, ne mérite plus de diriger le pays. Pour ces opposants, la volonté du pouvoir de réviser ou de changer la Constitution cacherait en réalité une tentative de se maintenir au pouvoir et d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, actuellement à son second et dernier mandat à la tête du pays. Ce mandat court jusqu’en janvier 2029, date à laquelle il est censé transmettre le pouvoir à son successeur.
Clément MUAMBA