La région des Grands Lacs, et plus précisément l’Est de la République démocratique du Congo, fait face à la persistance de l’activisme de groupes armés locaux et étrangers (AFC/M23, ADF, FDLR), ainsi qu’à des tensions diplomatiques entre pays voisins, notamment le Rwanda et la RDC. Cette situation alimente une crise humanitaire majeure, marquée par des violences sexuelles à l’encontre des femmes et des filles, ainsi que par des millions de déplacés et de réfugiés dans les pays limitrophes.
Intervenant mercredi 15 avril lors de la réunion d’information du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation dans la région des Grands Lacs, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU et Directrice exécutive d’ONU Femmes, Sima Bahous, a appelé à un changement de perception du rôle des femmes, qui ne doivent plus être considérées comme des dégâts collatéraux dans la crise en cours dans la région. Elle a affirmé que la paix dans la région passe par la stabilité de l’Est de la RDC.
Selon elle, les opportunités offertes par le leadership féminin pour la paix dans la région des Grands Lacs sont « uniques et transformatrices » et porteuses d’espoir. La cheffe d’ONU Femmes rappelle également que la première résolution du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité, adoptée en 2000, s’inspirait en partie du soutien apporté par Nelson Mandela aux femmes burundaises afin qu’elles jouent pleinement leur rôle dans la fin de la guerre civile dans leur pays.
« Comme nous l'avons entendu, la paix dans cette région dépend de l'est de la RDC (République démocratique du Congo). Elle ne sera assurée que lorsque les femmes seront considérées non plus comme des victimes collatérales et leurs corps comme des butins de guerre, mais comme des actrices autonomes de la stabilité, de la responsabilité et de la paix. Sans sécurité, les femmes ne peuvent pas diriger, et sans leur leadership, les efforts de paix et de relèvement échouent. Il en va de même pour l'ensemble de la région. La région des Grands Lacs offre un terrain fertile pour le leadership des femmes en matière de paix et de sécurité, avec certains des pourcentages les plus élevés de représentation des femmes en politique au monde : 11 des 12 pays de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ont des plans d’action nationaux sur les femmes, la paix et la sécurité », a déclaré la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Sima Bahous.
Toutefois, la Directrice exécutive d’ONU Femmes a salué l’une des avancées majeures en République démocratique du Congo, notamment l’évolution positive de la représentation des femmes en politique, y compris aux plus hautes fonctions. Elle souligne que cette progression intervient dans un contexte de conflit.
« En RDC, malgré le conflit, on observe une évolution positive concernant la représentation des femmes en politique, y compris aux plus hautes fonctions. Et nous constatons les perspectives que cela offre : une plus grande responsabilisation face aux violences et crimes sexistes. Des centaines de membres de groupes rebelles et des forces armées congolaises ont été traduits en justice pour violences sexuelles, garantissant ainsi aux femmes, même si elles restent peu nombreuses, la justice qu’elles méritent. L'opportunité est là. Les gains potentiels sont considérables », a-t-elle fait remarquer.
Dans l'Est de la République démocratique du Congo, les femmes, les filles et les enfants continuent d’être les premières victimes des violences liées aux conflits armés, notamment lors des combats opposant la rébellion de l’AFC/M23 à l’armée congolaise au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Selon des données du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) pour l’année 2025, 887 cas de violences sexuelles ont été documentés, affectant 1 534 victimes, dont une majorité de femmes (854) et de filles (672).
C’est dans ce contexte que le ministère du Genre, Famille et Enfant, en collaboration avec le BCNUDH avaient lancé lundi 9 mars dernier, une campagne contre l’esclavage sexuel et pour la protection des enfants nés du viol dans les conflits armés. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu concentrant près de 80 % des victimes recensées, les groupes armés sont responsables de 75 % des victimes documentées. Le Mouvement du 23 mars (M23) arrive en tête avec 439 victimes, suivi de groupes Wazalendo, de la Coopérative de développement du Congo (CODECO), de divers groupes Maï-Maï, ainsi que des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des Forces démocratiques alliées (ADF). À ceux-là, s'ajoutent l’implication d’acteurs étatiques
Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques progressent sur le papier mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA