Le retrait des troupes de la rébellion de l’AFC/M23 sur certaines lignes du front a suscité des réactions diverses et des interrogations dans l’environnement sociopolitique congolais dans un contexte persistant de tensions et de méfiance persistant entre Kinshasa et ce mouvement politico-militaire qui contrôle de vastes pans des territoires des provinces du Nord et du Sud-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo.
Si, pour certains, ce retrait serait lié à un acte de bonne foi, conformément aux initiatives de paix en cours en vue de la reprise du dialogue et de donner une chance à l’option politique plutôt que militaire, le mouvement rebelle AFC/M23, appuyé par le Rwanda, a décidé, ce samedi 28 mars 2026, de briser le silence pour éclairer l’opinion sur cette question. Selon son porte-parole, Lawrence Kanyuka, après le retrait constaté dans différentes zones, la rébellion évoque une "rotation stratégique normale".
"L’AFC/M23 informe l’opinion nationale et internationale que les activités actuellement observées sur les différentes lignes de front relèvent exclusivement d’une rotation normale et stratégique des unités de l’Armée Révolutionnaire Congolaise (ARC); L’AFC/M23 réaffirme, une fois de plus, sa bonne foi ainsi que son attachement indéfectible au respect scrupuleux des mesures de confiance dans le cadre du processus de paix de Doha; L’AFC/M23 demeure déterminée à défendre et à protéger les populations civiles, et se tient prête à neutraliser toute menace à sa source", a écrit sur X Lawrence Kanyuka, porte-parole de l'AFC/M23.
Bien plutôt, sur le même sujet, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya s’était montré dubitatif face à cette démarche de l’AFC/M23 qui, selon lui, n’est pas nouvelle. Répondant à une question de la presse, sans entrer en profondeur du sujet, lors d’un briefing tenu à Bandundu-Ville, chef-lieu de la province du Kwilu, en marge de la Conférence des gouverneurs, Patrick Muyaya avait affirmé que ce que son gouvernement attend, c’est plutôt le retrait « définitif » des troupes rwandaises du sol congolais.
"Évidemment que nous suivons la situation sur le front tous les jours, je crois qu'a ce sujet je me réserverais de faire des commentaires parce-que ce que nous nous attendons, c'est le retrait définitif des troupes rwandaises dans notre pays, on a vu plusieurs fois des mouvements de ce type parfois, c'est des mouvements pour changer des troupes et donc je ne m’hasarderais pas à faire davantage des commentaires à ce sujet", avait fait savoir le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya.
Cette situation intervient plus d’un mois après que le gouvernement de la RDC et l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23) ont signé, le 2 février 2026 à Doha, le mandat issu de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Cette signature est intervenue à l’issue d’une réunion du mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu entre les deux parties, organisée par le Qatar dans le cadre de ses efforts de médiation pour résoudre le conflit dans l’est de la RDC.
Depuis lors, il s’observe un statu quo dans le processus de Doha, où les protagonistes ne se rencontrent plus autour du médiateur qu’est l’État du Qatar. Lors d’une rencontre tenue mercredi 25 mars entre les diplomates et ambassadeurs accrédités en RDC et la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie, de la Coopération internationale et des Congolais de l’étranger, Thérèse Kayikwamba Wagner avait indiqué que la paralysie des discussions est due à des facteurs externes au processus, liés à la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient.
D’après la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, qui a réaffirmé l’attachement de son gouvernement à ce processus de Doha ainsi que sa volonté de le faire avancer avec la rébellion de l’AFC/M23, des échanges étroits se poursuivent avec l’État du Qatar, médiateur du processus, afin de voir comment le momentum l’élan, peut être maintenu et, éventuellement, revoir certaines configurations susceptibles de relancer les discussions.
En date du 15 novembre 2025, la République démocratique du Congo et la rébellion de l’AFC/M23 avaient franchi une étape majeure dans leurs efforts de restauration de la paix à l’est du pays, avec la signature officielle de l’Accord-cadre de Doha. Conclu avec l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23), cet accord, axé sur huit protocoles, avait marqué un tournant stratégique dans la quête d’une paix durable, juste et inclusive. Présenté par la médiation comme une avancée « décisive », cet Accord-cadre constitue désormais la colonne vertébrale d’un processus global de sortie de crise, visant à mettre fin aux hostilités, à restaurer l’autorité de l’État et à renforcer la stabilité dans les zones affectées par des années de conflit armé.
Alors que deux protocoles ont déjà été signés, les six autres devaient faire l’objet de discussions afin d’en définir les modalités précises d’exécution, les échéances et les engagements réciproques des parties signataires. Cependant, depuis lors, le statu quo persiste, sans avancées réelles sur le terrain, aggravant la méfiance entre Kinshasa et l’AFC/M23, entraînant la poursuite des hostilités sur le terrain et rendant la vie des populations de l’est de la RDC encore plus difficile.
Clément MUAMBA