La République démocratique du Congo à travers sa représentation permanente auprès des Nations unies a vivement réagi aux déclarations du Rwanda lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée ce mardi 29 septembre, à la situation en RDC. La réunion s’est tenue sous la présidence de la France, dont le représentant permanent, Jérôme Bonnafont, préside le Conseil de sécurité pour le mois de septembre 2026.
Prenant la parole au nom de Kinshasa, le représentant permanent de la RDC auprès de l’ONU, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, a notamment contesté les accusations de Kigali concernant une prétendue collaboration entre les Forces armées de la RDC (FARDC), les FDLR et les combattants Wazalendo. L’ambassadeur congolais a ensuite soutenu que les membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) étaient des Rwandais et non des Congolais.
« Permettez que je puisse réagir très brièvement aux déclarations du représentant du Rwanda. Premièrement, il confond délibérément les Forces armées de la République démocratique du Congo avec ce qu’il appelle les FDLR et les Wazalendo. Laissez-moi expliquer que les FDLR dont il parle ne sont pas des Congolais. Ce sont des Rwandais qui ont quitté leur pays à la suite de l’intolérance qui règne justement dans ce pays-là », a déclaré le diplomate congolais lors de sa prise de parole.
Les FDLR sont un groupe armé rwandais présent depuis plusieurs décennies dans l’est de la RDC. Leur origine est notamment liée aux mouvements de combattants et de réfugiés rwandais ayant rejoint le territoire congolais dans le contexte des violences et du génocide de 1994 au Rwanda.
« Au Rwanda, il existe deux tribus seulement qui n’arrivent pas à coexister. Les FDLR sont des Hutus qui étaient au pouvoir avant 1994 et qui ont fui lorsque les Tutsis actuellement au pouvoir ont pris le pouvoir au Rwanda. Ils vivent dans les régions de la République démocratique du Congo dans la clandestinité. Et le Rwanda prétend qu’il existe une collaboration entre eux et l’armée congolaise, ce qui est une fausseté totale. Ils ne peuvent pas le démontrer », a indiqué le représentant de la RDC à l’ONU.
Le différend persiste également dans le cadre de l’accord de Washington conclu le 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda. Cet accord prévoit notamment la neutralisation des FDLR ainsi que le désengagement des forces rwandaises du territoire congolais. L’ambassadeur congolais a affirmé que Kinshasa poursuivait le processus visant au désarmement, au cantonnement et, à terme, au retour des combattants concernés.
« Ce que je voulais dire par rapport à cela, c’est que nous avons amorcé un processus qui veut que, justement, les FDLR rentrent chez eux, au Rwanda. Mais vous allez remarquer que, toutes les fois qu’on évolue sur ce plan-là, le Rwanda plante des obstacles. Autrefois, et cela est attesté par les rapports du Groupe d’experts des Nations unies, les FDLR rapatriés au Rwanda ont été recyclés, reformés, retravaillés et renvoyés sur le territoire de la République démocratique du Congo pour combattre l’armée congolaise. C’est ça, la pratique générale », a-t-il dénoncé lors de son discours.
Zénon Mukongo Ngay a ensuite formulé une accusation, affirmant que certains combattants des FDLR rapatriés au Rwanda avaient, dans le passé, été réorganisés avant d’être renvoyés en RDC. L’ambassadeur congolais a également accusé Kigali de ne pas vouloir voir les combattants des FDLR rentrer au Rwanda.
« Vous avez entendu tout à l’heure le Rwanda dire qu’il n’a pas confiance dans le processus qui est en train d’être mené actuellement, c’est-à-dire celui du cantonnement des FDLR, parce qu’ils ont accepté de rendre les armes. Lorsque nous disons qu’il y a un protocole qui a été mis sur pied, c’est-à-dire qu’ils ont accepté de rendre les armes, de rentrer chez eux, le Rwanda ne veut pas les voir rentrer chez eux. Soit il accepte qu’ils rentrent pour les recycler et les retourner sur le territoire congolais combattre l’armée congolaise, soit il veut tout simplement qu’on les élimine physiquement », a indiqué l’ambassadeur de la RDC auprès de l’ONU.
Malgré les tensions diplomatiques, Zénon Mukongo Ngay a assuré que la RDC entendait poursuivre le processus engagé.
« Mais nous sommes dans quel monde, là ? Vos compatriotes veulent venir chez vous, mais vous voulez qu’on les élimine. Nous ne sommes pas habitués à voir le sang humain. Ça, c’est la tradition chez vous, mais pas chez nous. Monsieur le Président, nous allons continuer le désarmement conformément à l’accord de Washington », a-t-il affirmé dans son intervention.
Autre volet important de l’intervention congolaise : la question de la protection des populations rwandophones vivant en RDC. Répondant à l’argument rwandais relatif à la protection de ces populations, Zénon Mukongo Ngay a affirmé que cette question relevait de la souveraineté nationale et de la responsabilité des institutions congolaises.
« Il parle essentiellement aussi de la protection des civils rwandophones. Je veux tout simplement dire que les populations rwandophones qui vivent en République démocratique du Congo sont des Congolais. Et que, s’ils ont des problèmes, ces problèmes seront résolus par l’administration congolaise et non par l’administration rwandaise », a déclaré le représentant de la RDC auprès de l’ONU.
L’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, signé à Washington sous facilitation américaine, a placé la question de la neutralisation des FDLR et celle de la levée des mesures défensives du Rwanda parmi les engagements sécuritaires des deux parties. La levée des mesures défensives implique notamment, selon la lecture défendue par Kinshasa, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
Le nouveau protocole relatif au désarmement, à la démobilisation et au cantonnement des FDLR annoncé par Kinshasa est toutefois contesté par Kigali. Les autorités rwandaises estiment que cette démarche n’est pas conforme aux dispositions de l’accord de Washington. Kigali a qualifié cette initiative de « non-événement » et accusé Kinshasa de ne pas respecter ses engagements.
Kinshasa défend, pour sa part, une lecture différente de la démarche. Pour les autorités congolaises, la neutralisation et la démobilisation, désarmement et cantonnement effective des FDLR doit notamment permettre de priver Kigali de l’argument lié à la présence de ce groupe armé pour justifier le maintien de ses forces sur le territoire congolais.
Cette passe d’armes sur les engagements sécuritaires intervient dans un contexte où deux engagements clés de l’accord de Washington la neutralisation des FDLR par le gouvernement congolais et la levée des mesures défensives du Rwanda, impliquant le retrait de ses forces du territoire congolais n’ont pas enregistré d’avancées suffisantes, plus d’un an après la signature de l’accord
Clément MUAMBA