Le silence est palpable sur les avenues Vivi, Banana, Matadi, Lusambo, Komoriko et sur d’autres artères du quartier Wenze, dans la commune de Kintambo, l’une des premières municipalités de la ville de Kinshasa. Ici, les habitants sont à bout de patience face aux promesses des agents de la Société nationale d’électricité (SNEL). Depuis plus d’un mois, les perturbations dans l’approvisionnement en courant électrique bouleversent le quotidien de plusieurs ménages.
Alors que les plaintes et les critiques se multiplient sur les réseaux sociaux, ACTUALITÉ.CD est allé palper du doigt les conséquences de cette situation sur les habitants de ce coin de la capitale, pourtant réputé pour son cadre de vie.
En amont de l’avenue Vivi, un groupe électrogène gronde dans la cabine de recharge pour téléphones appartenant à un militaire. Préférant garder l’anonymat en raison de son statut, cet homme d’une quarantaine d’années qualifie la situation d’« insupportable ».
À une centaine de mètres de là, Bozie, tenancier d’une boutique, raconte comment cette pénurie le contraint à ne plus proposer à ses clients des boissons fraîches et des produits périssables. Au-delà de l’électricité, il déplore également le manque criant d’eau, consécutif notamment aux travaux exécutés dans plusieurs rues du quartier Wenze, qui ont entraîné la rupture de certaines conduites.
« Nous avons un problème sérieux de courant ici sur Vivi. Cela fait plus de deux semaines que nous vivons ainsi, obligés parfois de jeter nos marchandises. Donc, on ne sait plus garder quoi que ce soit dans le congélateur. Nous demandons aux autorités de trouver rapidement une solution, et de penser aussi à remettre de l’eau, qui est la base de la vie », souhaite Bozie.
Sur l’avenue Banana, Madame Clémentine, vendeuse dans une échoppe, se montre peu disposée à s’exprimer. Elle affirme avoir déjà suffisamment donné de la voix dans les médias, sans que la situation ne connaisse d’amélioration. La vieille dame dénonce, pour sa part, près de deux mois sans électricité, alors que les factures de la SNEL continuent de leur parvenir. Elle accuse également les agents de cette entreprise publique de privilégier d’autres quartiers au détriment de Wenze.
« Les habitants de Mosinda bénéficient de notre courant. C’est inconcevable. Dormir dans le noir, préparer avec du charbon, et nous ne vendons pas non plus parce que les marchandises ne sont pas fraîches », se plaint-elle.
Rencontré en plein travail de raccordement des fils électriques, Monsieur Kadi attribue, lui aussi, leurs difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité aux travaux de construction des caniveaux, qui plongent davantage les familles dans la précarité.
« Je suis un ingénieur, je ne bricole pas. Ce que nous vivons ici, c’est la conséquence des travaux en cours sur cette avenue. Nous tendons déjà vers un mois sans eau. S’agissant du courant, d’ailleurs, n’en parlons pas : ça fait deux mois qu’on est comme ça. C’est de l’autre côté qu’il y avait encore de l’eau, mais un tracteur est venu couper encore les tuyaux. Nous ne savons plus quoi faire », soupire-t-il.
Une pétition en gestation
Outrée par cette situation devenue intenable, Berny Mud, nouvelle habitante de l’avenue Vivi, s’est particulièrement illustrée sur les réseaux sociaux. À travers plusieurs sketchs, elle dénonce les coupures prolongées et, selon elle, injustifiées du courant électrique dans son milieu de vie.
Dans un témoignage accordé à ACTUALITÉ.CD, elle évoque ses difficultés à repasser correctement ses habits et à faire fonctionner son climatiseur, dans un contexte de fortes chaleurs. Elle affirme également avoir été contrainte de jeter ses provisions faute d’électricité.
Face au silence des autorités, elle a initié une pétition qui aurait déjà recueilli plus de 3 000 signatures. À travers cette démarche, elle réclame « la transparence, la communication et les solutions durables ».
« À Kinshasa, des milliers de familles, de commerces et d’entreprises vivent régulièrement au rythme des coupures d’électricité. Dans certains quartiers, ces interruptions durent plusieurs heures, plusieurs jours et parfois beaucoup plus longtemps. Au-delà du manque d’électricité lui-même, un autre problème revient constamment : l’incertitude. Pourquoi n’y a-t-il pas de courant ? Quelle est la panne ? Une équipe est-elle intervenue ? Combien de temps la coupure va-t-elle durer ? Pourquoi certaines zones restent-elles privées d’électricité pendant plusieurs jours sans information suffisamment précise ? Comment les consommations et les factures sont-elles calculées ? Quels recours existent lorsqu’un consommateur rencontre un problème ? », s’interroge-t-elle dans sa pétition.
Alors que les cris de détresse des Kinois se font entendre dans presque toutes les communes de la capitale, la Société nationale d’électricité (SNEL) n’a fourni aucune explication sur les perturbations signalées dans ce quartier de Kintambo.
Sollicitée par ACTUALITÉ.CD pour une interview, la société publique, par l’entremise de son service de communication, a opposé une fin de non-recevoir à la rédaction : « Il ne voudra pas ».
Samyr LUKOMBO