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Dialogue en RDC : « avec une nouvelle approche centrée sur la population, on n’a pas besoin d’un médiateur », selon la Nouvelle Société civile 

Actualite.cd

La signature de l’ordonnance instituant un comité d’organisation chargé de préparer les différentes étapes devant aboutir à la mise en place du dialogue continue de susciter des réactions dans l’environnement sociopolitique congolais. Alors que le texte précise les modalités d’organisation et de fonctionnement du comité d’organisation du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, du côté des organisations de la société civile, l’on salue la démarche de Félix Tshisekedi, tout en prônant la vigilance, dans l’attente de connaître les différents profils des animateurs.

Tel est l’avis du coordonnateur national de la Nouvelle Société civile congolaise (NSCC), Jonas Tshiombela. Pour cette organisation de la société civile, la décision du chef de l’État vient planter le décor censé conduire à la tenue de ces assises. 

« Cette décision vient planter le décor de l’ensemble du processus du dialogue qui, en principe, doit partir d’une commission préparatoire chargée d’étudier tous les contours de la question : la question des participants, la question de savoir comment cela pourrait se faire, les questions d’ordre financier, ainsi de suite. À ce stade, nous sommes en train d’être vigilants. On observe. Nous avons accueilli favorablement, d’abord, cette commission. Nous attendons de voir quel type d’animateurs elle aura. Cela nous donnera une idée de ce que nous pouvons attendre de cette commission avant que le processus soit réellement lancé », a déclaré Jonas Tshiombela à ACTUALITE.CD. 

Réagissant à la question de savoir si la mise en place d’un comité placé sous l’autorité directe du chef de l’État, une disposition dénoncée par les opposants qui estiment que Félix Tshisekedi est partie au conflit, ne peut pas poser problème et s’il ne faudrait pas plutôt un médiateur neutre, notamment la CENCO et l’ECC, cet acteur de la société civile considère qu’il s’agit d’un faux débat. Il met également en doute la neutralité des deux confessions religieuses depuis le début de la crise.

« La CENCO et l’ECC font déjà partie du conflit même qui secoue le pays, de par leurs prises de position. Ils ne sont plus neutres. On a vu comment ils ont fonctionné. Est-ce que vous savez que, ce dimanche, dans les églises, on a prêché le pardon, le pardon des victimes, le pardon de ceux qui ont tué ou comment ? Donc, nous, nous pensons que ceux qui pensent qu’un médiateur neutre devrait être pris, je ne pense pas qu’ils sont dans l’approche que nous avons connue à l’époque des différents dialogues où il y avait un médiateur neutre », a-t-il fait remarquer dans sa réaction. 

Pour lui, le dialogue national qui se profile à l’horizon s’inscrit dans une nouvelle approche qui, selon lui, ne nécessite pas systématiquement la présence d’un médiateur comme cela a pu être le cas par le passé.

« Ici, nous sommes dans un cadre assez précis, avec une nouvelle approche, centrée sur la population. Donc, on n’a pas besoin d’un médiateur. On a besoin des institutions pour nous garantir comment le dialogue pourrait se dérouler. Donc, quand ils parlent de médiateur, ils se mettent dans une position d’équivalence avec l’autorité publique qui est représentée par le chef de l’État. Ce sont les institutions de la République, le dialogue se fait dans le cadre des institutions de la République », a fait savoir Jonas Tshiombela. 

Pour lui, confier à d’autres organisations la responsabilité de piloter le dialogue risque de donner l’impression d’une absence des institutions de la République. S’il reconnaît que cette possibilité pourrait être envisagée au cours du processus, il estime que l’initiative actuelle ne prévoit pas, à ce stade, la présence d’un médiateur.

« Il ne se fait pas en dehors des institutions de la République, dont les institutions ont la possibilité de financer, de garantir la sécurité des participants et de garantir aussi la mise en œuvre des résolutions. Sinon, ce sera un dialogue qui fait table rase. Et là, c’est comme si l’État n’avait pas d’animateurs. C’est pour cela que les opposants qui pensent qu’il faut un médiateur neutre, je crois qu’ils se trompent d’approche. Parce que l’approche actuelle ne prédispose pas à avoir un médiateur. Mais cela peut aussi venir parce que la commission préparatoire n’a pas encore dit son mot. On ne connaît pas ses animateurs. C’est comme si on mettait la charrue avant les bœufs », a-t-il ajouté au cours de l’entretien.

À la question de savoir s’il ne craint pas que, face à une opposition qui conteste presque tout, l’appel au dialogue national soit considéré comme un « pétard mouillé »  au regard de son rejet par une grande partie des formations politiques, notamment de l’opposition, Jonas Tshiombela estime que la crédibilité du dialogue ne dépend pas nécessairement de la participation des opposants.

« La crédibilité du dialogue ne dépend pas vraiment de la participation ni des efforts des opposants. Si, avec ce dialogue, on arrive à résoudre les problèmes qui se posent, je crois que les opposants pourront se rallier. Des fois même, ils pourront regretter de ne pas avoir participé. Pour le moment, c’est comme si on était à l’église alors que nous sommes sur un terrain politique qui demande du concret. À notre humble avis, on ne peut pas commencer à crier à l’échec parce qu’on n’a pas encore vu le travail qui doit être fait. On ne peut pas commencer à crier que c’est un pétard mouillé », a-t-il fait remarquer dans sa réaction.

Par ailleurs, il appelle à laisser le processus avancer sans chercher à mettre des bâtons dans les roues de l’initiative. Selon lui, une fois le processus lancé, les différentes revendications pourront être prises en compte au cours des travaux.

« Et puis, pour donner de la crédibilité à ce dialogue, ce n’est pas nécessairement le problème des participants. Ceux qui participeront peuvent prendre en charge même les questions que les opposants sont en train de soulever et les résoudre. Ils seront contents. Mais on n’a pas encore tout ça. C’est comme si nous tablions sur quelque chose qu’on ignore. Donc, je pense que nous devons prendre le temps pour qu’on arrive quand même à mettre ce dispositif en place et pour en parler », dit-il dans sa réaction.

Et d’ajouter :

« On peut aussi, à partir de ce qui sera au dialogue, créer une commission qui va s’occuper des préoccupations de ceux qui ne participent pas. Donc, il y a tout cela. C’est tout un chantier qu’il ne faut pas précipiter et commencer tout de suite à déclarer que cela a échoué ou que cela a réussi. »

Abordant la question de l’inclusivité, notamment la revendication de l’opposition visant à intégrer également au processus les acteurs ayant pris les armes, cet acteur de la société civile dit avoir du mal à comprendre cette position. Il relève que ceux qui ont pris les armes ne réclament même pas la présence de l’opposition dans les initiatives auxquelles ils participent et s’étonne dès lors de cette revendication. Pour lui, les groupes armés sont déjà engagés dans d’autres processus.

« Ça nous étonne qu’ils soient devenus des porte-parole de ceux qui ont pris les armes. Non, c’est ça un peu la différence, même la valeur ajoutée de ce dialogue. Cela veut dire que ceux qui ont pris les armes sont habitués à des brassages, des mixages, des intégrations, des lois d’amnistie. Cette histoire-là doit s’arrêter pour que le cycle s’arrête. Sinon, cela deviendrait : tous les dix ans, il y a des gens qui viennent, qui prennent les armes et qui font cela. Pour nous, nous pensons que c’est une ligne rouge. Ceux qui ont pris les armes doivent d’abord régler le problème avec la justice avant qu’on s’occupe d’eux dans le cadre du dialogue qui a décidé de se dérouler », a fait savoir cet acteur de la société civile.

Poursuivant son argumentaire, cet acteur de la société civile estime que l’opposition ne doit pas se perdre sur l’essentiel en cherchant à multiplier les revendications.

« Donc, pour le moment, ceux qui ont pris les armes ont un cadre de dialogue qui est en train de se développer sans nous, sans les autres, même sans les opposants. Ils n’ont jamais exigé la présence des opposants dans les débats qu’ils font à Doha ou à Genève avec le gouvernement. Donc, nous pensons que l’opposition est tentée de perdre ses revendications au profit des revendications des gens qui ont pris les armes et qui ont trahi leur propre pays », a-t-il fait savoir.  

Présenté comme une initiative souveraine conçue et conduite par les Congolais, ce processus, selon la dernière adresse à la nation du chef de l’État, prononcée le jeudi 27 août dernier, débutera par des consultations dans les 26 provinces avant la tenue des assises nationales à Kinshasa. Sa durée maximale, selon Félix Tshisekedi, est fixée à trois mois. Pour concrétiser cette initiative, le président de la République avait annoncé la mise en place d’un Comité d’organisation chargé de préparer les différentes étapes du processus. Selon lui, cette démarche vise notamment à démontrer que le Dialogue national ne constitue pas une simple déclaration d’intention.

La signature de cette ordonnance présidentielle marque ainsi une nouvelle étape dans la mise en œuvre du Dialogue national annoncé par le chef de l’État dans son adresse à la nation du 27 août dernier. L’objectif affiché est d’aboutir à un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, accompagné d’un mécanisme de suivi des engagements qui seront pris.

Clément MUAMBA


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