« Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », à déclaré la première ministre Judith Suminwa dans son discours la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies qui a comme thème : « Rétablir la confiance, gérer la transformation : des Nations unies au service de tous »
Elle a notamment mis en avant le décalage persistant entre les engagements pris au niveau international et la réalité vécue par les populations dans les provinces de l’Est de la RDC.
Selon Judith Suminwa, cette situation constitue l’une des principales illustrations des difficultés auxquelles est confronté le système multilatéral lorsqu’il s’agit de traduire les décisions internationales en résultats concrets sur le terrain. La Première ministre a rappelé l’ampleur et la durée de la crise dans l’Est de la RDC, évoquant les conséquences humaines des violences armées, notamment les déplacements de populations, les violences sexuelles et les perturbations de la scolarité des enfants.
« Peu de situations illustrent aussi douloureusement l’écart entre les engagements internationaux et la réalité vécue que celle de l’Est de la République démocratique du Congo. Depuis plus de trois décennies, des millions de Congolaises et de Congolais subissent les attaques, les déplacements forcés et le deuil. Des territoires sont occupés, des familles dispersées, des femmes et des filles victimes de violences sexuelles, tandis que des enfants sont recrutés ou privés d’école », a déclaré la Première ministre.
Mme Suminwa a également établi un lien entre la persistance des violences dans l’Est du pays et l’exploitation des ressources naturelles de la RDC. Elle a, une nouvelle fois, dénoncé ce que Kinshasa qualifie d’agression rwandaise, menée à travers l’AFC/M23, ainsi que les violences commises par d’autres groupes armés actifs dans l’Est du pays.
« Le pillage de nos ressources continue d’alimenter les circuits du commerce international. Mon pays demeure confronté à une guerre d’agression menée par le Rwanda sous couvert de l’AFC/M23, en violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, comme l’ont documenté les Nations Unies. Les atrocités perpétrées par d’autres groupes armés, notamment les ADF et la CODECO, aggravent davantage cette crise humanitaire ».
Face à cette situation, Judith Suminwa a souligné le choix de la RDC de privilégier la voie diplomatique pour parvenir à une solution durable. Elle a cité plusieurs cadres et initiatives diplomatiques engagés pour tenter de mettre fin aux hostilités, notamment l’Accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025, les engagements pris dans le cadre du processus de Doha et la feuille de route harmonisée de l’Union africaine.
Pour Kinshasa, les différentes initiatives diplomatiques constituent des pistes importantes, mais leur existence ne signifie pas encore que les populations de l’Est ont retrouvé une paix effective. Judith Suminwa a ensuite insisté sur la nécessité de passer des engagements aux actes.
«La résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité a pourtant tracé une voie sans ambiguïté. Elle exige la cessation effective des hostilités, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la fin de tout soutien aux groupes armés, le désengagement de l’AFC/M23, le démantèlement des administrations parallèles, le rétablissement de l’autorité de l’État, l’accès humanitaire sans entrave ainsi que le retour sûr et digne des personnes déplacées et réfugiées. Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a martelé Judith Suminwa Tuluka.
Adoptée à l’unanimité le 21 février 2025, la résolution 2773 du Conseil de sécurité demande notamment au M23 de cesser immédiatement les hostilités et de se retirer des zones qu’il contrôle. Elle demande également le démantèlement des administrations parallèles établies par le mouvement rebelle. Le texte appelle par ailleurs le Rwanda à cesser son soutien au M23 et à retirer ses forces du territoire de la République démocratique du Congo. Le Conseil de sécurité demande également la facilitation de l’accès humanitaire et la création de conditions permettant le retour sûr et digne des personnes déplacées et des réfugiés.
Plus d’un an après l’adoption de cette résolution, Kinshasa estime que plusieurs de ses dispositions restent à mettre en œuvre, alors que l’AFC/M23 continue, selon les autorités congolaises, à maintenir et à consolider des structures administratives parallèles dans les zones sous son contrôle. À travers son intervention à la 81e Assemblée générale des Nations Unies, la RDC entend ainsi replacer la question de la mise en œuvre effective des décisions internationales au centre du débat sur la paix dans l’Est du pays.
Pour Kinshasa, l’enjeu ne réside donc plus seulement dans l’adoption de nouvelles résolutions ou de nouveaux engagements diplomatiques, mais dans leur traduction concrète sur le terrain, afin de permettre aux populations affectées par les violences de retrouver la sécurité, l’accès à l’aide humanitaire et, à terme, une paix durable.
Clément MUAMBA