La République démocratique du Congo, pays qui accueille l’une des plus anciennes missions de maintien de la paix des Nations Unies, appelle à repenser en profondeur les opérations de maintien de la paix de l’ONU, dans un contexte marqué par de fortes tensions, la multiplication des conflits et un multilatéralisme mis à mal dans le monde, avec le retour de la loi du plus fort. À la 10 226e séance du Conseil de sécurité, placée sous la présidence de la France et consacrée à l’avenir des opérations de paix, Kinshasa a défendu une approche fondée sur l’adaptation aux réalités du terrain, des mandats accompagnés de moyens adéquats et un partenariat permanent avec les États hôtes.
Au nom de la RDC, Nicolas Mupepe Matomene, Ministre-Conseiller et Coordonnateur politique adjoint à la Mission permanente de la RDC auprès des Nations Unies, a appelé à ne pas confondre rationalisation et réduction automatique des capacités. « Rationaliser ne peut devenir le synonyme de renoncer », a déclaré le diplomate congolais.
Il estime qu’une mission moins dotée n’est pas nécessairement une mission plus efficace si elle perd les moyens d’exécuter le mandat qui lui a été confié. Pour la République démocratique du Congo, l’évolution des conflits impose de revoir la conception traditionnelle du maintien de la paix.
« En effet, face à des conflits qui se prolongent, à des environnements sécuritaires qui se transforment et à des ressources qui se raréfient, la tentation peut être grande de mesurer l’efficacité d’une opération à la seule réduction de son empreinte, de ses effectifs ou de son coût », a déclaré, vendredi 18 septembre, Nicolas Mupepe Matomene.
« De même, le constat qu’il n’existe parfois plus de paix véritable à maintenir ne saurait, à lui seul, épuiser notre réflexion sur la pertinence d’une présence des Nations Unies » a-t-il ajouté.
Kinshasa souligne ainsi que la réduction des effectifs, de l’empreinte opérationnelle ou des coûts ne peut constituer, à elle seule, un indicateur d’efficacité.
« Il doit plutôt nous conduire à nous interroger sur la nature de cette présence, les instruments qu’elle mobilise et sa capacité à évoluer en fonction des exigences du terrain afin de contribuer plus efficacement au règlement du conflit et à l’établissement d’une paix durable. Notre expérience nous édifie à cet égard. Elle nous apprend que la trajectoire d’une opération de paix n’est jamais linéaire », a expliqué le diplomate congolais.
Selon lui, les circonstances susceptibles de conduire légitimement un État hôte à envisager une réduction progressive d’une présence internationale peuvent évoluer brutalement lorsque ressurgissent des menaces que l’on croyait contenues.
« C’est pourquoi ma délégation plaide pour que les transitions soient responsables, concertées et surtout réversibles lorsque les réalités du terrain l’exigent », a-t-il insisté.
Du maintien de la paix à la consolidation de la paix
« Il nous semble dès lors que la véritable question n’est peut-être plus seulement de savoir comment maintenir la paix, mais comment permettre aux opérations des Nations Unies de couvrir plus efficacement l’ensemble du chemin qui nous conduit à celle-ci. Lorsque la paix existe, il faut pouvoir la préserver. Lorsqu’elle demeure fragile, il faut pouvoir la consolider. Et lorsqu’elle s’éloigne, il faut disposer des instruments politiques et diplomatiques permettant d’en recréer les conditions », a indiqué M. Matomene.
Pour la délégation congolaise, cette approche doit notamment passer par une articulation beaucoup plus étroite entre le maintien de la paix, la consolidation de la paix, la prévention et la médiation.
La nécessaire clarté des mandats ne devrait pas faire obstacle à une réflexion politique continue sur l’évolution des besoins auxquels une mission est appelée à répondre. L’évaluation régulière de la situation sur le terrain doit pouvoir éclairer la progression d’une mission et, lorsque les circonstances le commandent, conduire à l’évolution de ses priorités, de ses capacités et des instruments qu’elle mobilise.
« En somme, le maintien de la paix doit pouvoir davantage s’appuyer sur les instruments politiques de l’Organisation, accompagner les mécanismes de cessez-le-feu, soutenir les processus de médiation et contribuer à créer l’espace politique nécessaire au règlement durable des conflits. Notre expérience récente nous conforte dans cette conviction », a-t-il souligné.
La MONUSCO comme exemple d’adaptation
Le diplomate congolais a également évoqué l’expérience récente de la MONUSCO, estimant que son implication dans l’appui au Mécanisme conjoint de vérification élargi, dans le cadre des efforts régionaux de suivi du cessez-le-feu, illustre la manière dont une opération existante peut mettre ses capacités, son expertise et sa présence au service d’une architecture politique et régionale plus large.
« L’implication de la MONUSCO dans l’appui au Mécanisme conjoint de vérification élargi, dans le cadre des efforts régionaux du suivi du cessez-le-feu, montre comment une opération existante peut mettre ses capacités, son expertise et sa présence au service d’une architecture politique et régionale plus large », a-t-il fait remarquer.
Le rôle central de l’État hôte
« La consentement de l’État hôte ne saurait être compris comme une formalité obtenue au moment du déploiement, puis progressivement reléguée au second plan. Il doit irriguer toute la vie d’une opération : la définition de ses priorités, l’adaptation de son mandat, son déploiement, son éventuelle reconfiguration et, le moment venu, les conditions de sa transition », a-t-il martelé.
Et d’ajouter :
« Les opérations de paix ne peuvent durablement réussir lorsqu’un fossé se creuse entre la lecture qu’une mission fait de son environnement et celle de l’État et des populations qu’elle est appelée à accompagner et à protéger. Le partenariat avec l’État hôte doit donc être permanent, substantiel et fondé sur une responsabilité partagée. L’avenir du maintien de la paix doit se construire avec les États concernés et non à leur place. Cette ambition suppose également de réconcilier les mandats que nous adoptons avec les moyens nécessaires à leur mise en œuvre. »
Le Conseil de sécurité des Nations Unies avait adopté, le 19 décembre 2025, la résolution 2808 (2025), renouvelant pour un an le mandat de la MONUSCO. Le 1er juillet 2010, la MONUSCO avait remplacé la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC), en application de la résolution 1925 (2010) du Conseil de sécurité, adoptée le 28 mai 2010.
Conformément à la résolution 2808 (2025), qui prolonge le mandat de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo jusqu’au 20 décembre 2026, la MONUSCO est notamment autorisée à appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu permanent ainsi que du mécanisme de vérification convenu entre les parties à Doha, notamment en apportant un soutien logistique et technique.
Clément MUAMBA