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Marche de la C64 à Kinshasa : comment la grande masse de l'opposition partie de l’échangeur de Limete n’a pas atteint le siège de l’Ecide, point de chute de la manifestation

Marche de l'opposition à Kinshasa

Alors que la morosité commençait à se dessiner à l’échangeur de Limete, l’un des points de rassemblement choisis par la coalition C64, Jean-Marc Kabund-A-Kabund, président de l’Alliance pour le changement (A.ch), arrive sous un accueil hystérique d’une foule qui trépigne d’impatience. Il est 12h30.

Sa descente donne le coup d’envoi à la procession sur le boulevard Lumumba. Il est aussitôt rejoint par Delly Sesanga et Martin Fayulu. La Police encadre le cortège. Plusieurs de ses éléments entourent les manifestants qui brandissent des drapelets et des calicots des formations politiques tout en entonnant des chants hostiles au régime.

Le calme règne et la collaboration entre les hommes en uniforme et les leaders laisse augurer une marche sans incident. Mais l’arrivée des militants d’Envol, le parti de Delly Sesanga, met progressivement le feu aux poudres.

À chaque kilomètre, des consignes sont données. Certains manifestants obtempèrent, d’autres non. La masse, qui avançait jusque-là à pas de tortue, commence à courir. Des injures sont lancées. Au niveau de la 15e rue Limete, la Police semble perdre le contrôle de la manifestation. Une partie des manifestants envahit alors la bande de retour du boulevard Lumumba, obligeant les conducteurs à ralentir.

Pendant ce temps, les leaders Kabund, Fayulu et Sesanga marchent en retrait, laissant devant eux plusieurs centaines de militants. Arrivé à hauteur de la 13e rue, le cortège est perturbé par des détonations entendues un peu plus loin. Plusieurs manifestants commencent à fuir. Mais ces premiers mouvements de panique ne suffisent pas à faire reculer la masse, estimée à plus de 5 000 personnes.

La situation dégénère véritablement au niveau des 12e et 11e rues. Des jeunes présentés comme membres de la Force du progrès, structure affiliée à l’UDPS, parti présidentiel, sortent sur la voie publique munis d’armes blanches. Énervés par les chants scandés par les manifestants, ils passent à l’attaque, brandissant notamment des pelles, des machettes et d’autres objets.

Au même moment, des policiers font usage de gaz lacrymogènes pour tenter de disperser les protagonistes et ramener le calme. La circulation est aussitôt paralysée. À l’arrivée des éléments de la Force du progrès, sous de fortes détonations, chacun cherche à fuir dans sa direction. La fumée envahit le boulevard tandis que la peur pousse certaines militantes à se réfugier sur la passerelle.

Après plusieurs minutes d’affrontements, les éléments de la Force du progrès parviennent à repousser la grande masse qui accompagnait Kabund, Sesanga et Fayulu. Les trois leaders de la C64 se sont, entre-temps, éclipsés au niveau de la passerelle de la 13e rue.

La mobilisation, composée notamment de nombreux militants venus de la Tshangu, finit ainsi par se disperser. Les éléments de la Force du progrès regagnent ensuite le petit boulevard, tandis que la circulation reprend progressivement sous la surveillance de la Police.

Martin Fayulu, qui réussit à s’échapper, arrive en boitillant au siège de son parti, l’ECIDé, situé sur le boulevard Triomphal, dans la commune de Kasa-Vubu. Sur place, l’opposant tient un point de presse au cours duquel il revient sur les événements et dénonce ce qu’il qualifie de « répression » de la marche de la C64.

La marche de ce mardi 15 septembre n'aura pas atteint son objectif : dépôt du mémorandum auprès des autorités compétentes au Palais du peuple, où la rentrée parlementaire s'est déroulée dans un contexte de forte tension. La C64 voulait ainsi élever sa voix contre la loi sur le référendum renvoyée au parlement, tout en dénonçant le projet de changement constitutionnel.

Samyr LUKOMBO


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