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Kinshasa et Paris intensifient les consultations autour de l'avenir de la MONUSCO: « Il est important de savoir ce qui est attendu en matière de cessez-le-feu, d'accompagnement des accords de Washington et du protocole sur les FDLR»

Thérèse Kayikwamba et Jean-Noël Barrot ainsi que leurs délégations

La ministre d'État des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner a rencontré, mardi 3 novembre à Paris, en France son homologue français, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Cette rencontre intervient quelques semaines après le séjour du chef de la diplomatie française à Kinshasa et à Bunia en Ituri, en République démocratique du Congo.

Selon le ministère des Affaires étrangères de la RDC, les échanges entre les deux personnalités ont porté notamment sur le prochain mandat de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation au Congo (MONUSCO), ainsi que la situation sécuritaire dans l'Est du pays.

La cheffe de la diplomatie congolaise a réaffirmé la détermination de la RDC à consolider ses relations avec la France et à construire un partenariat solide et durable avec Paris.

Au-delà de cette rencontre tenue sur le sol parisien, à Kinshasa, capitale de la RDC, le vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, Shabani Lukoo Jacquemain, a présidé, ce même mardi 3 novembre à Kinshasa, dans le cadre des consultations sur les enjeux sécuritaires et humanitaires en République démocratique du Congo.

Les échanges ont également porté sur le renouvellement du mandat de la MONUSCO et sur l'harmonisation des points de vue afin que ce mandat réponde aux besoins humanitaires des populations déplacées de guerre dans l’est du pays. La France constitue un maillon important dans cette démarche, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies mais aussi en sa qualité de porte-plume des textes des résolutions concernant la RDC.

« Il est très important pour nous que ce que nous allons proposer corresponde aux besoins exprimés par les autorités congolaises. Et pas seulement par les autorités : nous avons également rencontré des membres du Parlement et de la société civile. La délégation poursuivra son déplacement à Beni pour visiter le quartier général de la Force et rencontrer les autorités locales », a dit Rémi Maréchaux, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française en République démocratique du Congo.

Les deux parties ont également réaffirmé leur volonté commune de maintenir un dialogue constructif et permanent sur ces questions d'intérêt commun. Selon le diplomate français, il est important de connaître les attentes de Kinshasa concernant le cessez-le-feu, le processus de Washington et le protocole relatif aux FDLR.

« Pour nous, il est très important de savoir ce qui est attendu en matière d'observation et de vérification du cessez-le-feu. C'est également important en matière d'accompagnement de la mise en œuvre du processus de Washington, mais aussi de l'application du protocole de neutralisation des FDLR », a affirmé M. Maréchaux.

Bien avant ces deux rencontres, le chef de l'État, Félix Tshisekedi, avait profité de son séjour en Russie, en marge du sommet Russie-Afrique pour solliciter l'appui de Vladimir Poutine, président russe et dirigeant de l'un des cinq membres permanents (P5) du Conseil de sécurité des Nations unies, en faveur d'un mandat évolutif de la MONUSCO. En vue d'obtenir le renouvellement de ce mandat, Félix Tshisekedi a sollicité le soutien de Moscou au niveau du Conseil de sécurité de l'ONU.

« Je voudrais également rappeler que, d'ici le 20 décembre prochain, le mandat de la MONUSCO, la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo, arrivera à son terme et devra donc être renouvelé. Nous comptons également sur la Russie pour nous aider à obtenir la prolongation de ce mandat. Nous réaffirmons que toute évolution de ce mandat relève d'une décision explicite du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous souhaitons donc véritablement que vous nous accompagniez dans cette démarche », avait plaidé Félix Tshisekedi.

Au moment où Kinshasa déploie sa diplomatie et multiplie les contacts en vue d'obtenir le renouvellement du mandat de la MONUSCO, en tenant compte de la menace sécuritaire actuelle, mais aussi de l'accompagnement de la mise en œuvre du protocole d'accord signé avec les FDLR, la rébellion du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigée par Joseph Kabila, voit les choses autrement.

Ce mouvement rebelle s'oppose à un éventuel renouvellement, estimant que, plus de deux décennies après son déploiement, le bilan de la MONUSCO est un échec et qu'elle devrait poursuivre le processus de son retrait, déjà entamé dans d'autres parties de la RDC. C'est la position défendue par le FRN, mardi 3 novembre à Goma, lors de la rencontre entre Joseph Kabila, président du mouvement rebelle, ses collaborateurs et la délégation des Nations unies conduite par James Swan, chef de la MONUSCO.

« Nous avons parlé du renouvellement du mandat de la MONUSCO. C'est l'ambassadeur Swan qui nous en a parlé. Nous avons réagi en disant que, pour nous, au FRN, la MONUSCO s'était inscrite depuis des années dans un processus de retrait, mais que nous étions préoccupés par ce renouvellement du mandat, qui n'est fondé sur aucune base. D'autant plus que, 28 ans après, lorsque vous faites le bilan des activités de la MONUSCO, vous constatez un échec total. Nous pensons qu'un mandat supplémentaire ne changerait absolument rien à la situation actuelle dans le pays. Nous aurions souhaité que le mandat ne soit plus reconduit et que la MONUSCO poursuive son retrait, comme cela avait été prévu », a déclaré Bertrand Bisimwa, vice-président du FRN.

Le Conseil de sécurité des Nations unies avait adopté, le 19 décembre 2025, la résolution 2808 (2025), renouvelant pour un an le mandat de la MONUSCO. Conformément à cette résolution, qui prolonge le mandat de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo jusqu'au 20 décembre 2026, la MONUSCO est notamment autorisée à appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu permanent ainsi que du mécanisme de vérification convenu entre les parties à Doha, notamment en apportant un soutien logistique et technique.

Dans pratiquement un mois, soit en décembre prochain, les Nations unies devront à nouveau se pencher sur la question de la prolongation ou non du mandat de la MONUSCO. Dans le cadre de ce volet de son mandat, la MONUSCO a soutenu les premières missions de vérification du cessez-le-feu à Minembwe, dans la province du Sud-Kivu, et à Masisi, dans la province du Nord-Kivu, dans l'Est de la RDC.

Clément MUAMBA