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RDC: entre crise sécuritaire, débat constitutionnel et dialogue national, Tshisekedi réunit sa majorité parlementaire

Les membres du présidium de l'USN

Le président de la République Félix Tshisekedi va recevoir ce samedi 24 octobre 2026 les députés nationaux et les sénateurs membres de l’Union sacrée de la Nation (USN). La réunion est prévue à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. L’annonce a été faite par le Secrétariat permanent de la plateforme politique dans un communiqué qualifié de « très important », signé vendredi 23 octobre 2026 par son secrétaire permanent et porte-parole, le professeur André Mbata Mangu.

Selon le communiqué d’André Mbata, également député national élu de Dimbelenge, dans la province du Kasaï-Central, l’accès au lieu de la rencontre sera conditionné à la présentation de la carte de légitimation. En revanche, aucune précision n’a été donnée concernant les points qui seront abordés au cours de cette rencontre dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays et les débats politiques autour de l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo.

Cette rencontre intervient après l’adoption, par l’Assemblée nationale, vendredi 23 octobre 2026, soit un jour plus tôt, en première lecture de la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum en République démocratique du Congo (RDC). Cette adoption est intervenue à l’issue du réexamen de 13 articles reformulés pour tenir compte des observations de la Cour constitutionnelle. Ce réexamen faisait suite à une demande du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi après que la Cour constitutionnelle eut déclaré la loi conforme à la Constitution tout en formulant des observations sur certaines de ses dispositions.

L’adoption de ce texte, qui sera transmis au Sénat pour une seconde lecture avant une nouvelle adoption, est mal perçue par l’opposition, qui accuse le régime de vouloir maintenir Félix Tshisekedi le plus longtemps possible à la tête du pays en cherchant à modifier la Constitution à travers cette proposition de loi sur le référendum. Christian Mwando Nsimba Kabulo, qui préside le groupe parlementaire Ensemble, seul groupe de l’opposition à siéger dans l’hémicycle, y voit une tentative de contourner l’article 220 de la Constitution, qui prévoit des matières dites verrouillées, ainsi qu’une porte fermée au dialogue national envisagé en vue de renforcer la cohésion nationale.

Autre fait marquant entourant cette rencontre : elle intervient douze jours après la mutation de la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, en Front pour la refondation de la nation (FRN), avec à sa tête l’ancien chef de l’État Joseph Kabila Kabange. Le fils de Laurent Désiré Kabila a décidé de prendre part au débat autour de cette rébellion dans l’objectif de mettre fin à ce qu’il considère comme une dictature instaurée par Félix Tshisekedi.

La déclaration portant création de ce mouvement politico-militaire affirme que le nouveau front entend fédérer et coordonner les forces de résistance pour mettre fin à ce qu’il qualifie de « tyrannie », en envisageant explicitement le recours à la force. Elle ne fixe toutefois aucun calendrier opérationnel et n’annonce aucune offensive précise.

Dans un autre registre, cette rencontre entre Félix Tshisekedi et sa majorité parlementaire intervient alors que le dialogue national annoncé par le chef de l’État en vue de parvenir à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de la nation semble également marquer le pas. Annoncée depuis le mois d’août, la signature de l’ordonnance portant création du comité préparatoire dudit dialogue national a eu lieu. Cependant, la désignation des animateurs de ce comité préparatoire tarde encore malgré les consultations menées par Anthony Nkinzo, directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, auprès des responsables des confessions religieuses.

Ce retard donne l’impression que plusieurs blocages persistent et que les positions des différentes parties ne sont pas encore harmonisées, notamment avec les confessions religieuses telles que la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC). Ces deux confessions religieuses sont par ailleurs porteuses d’une autre initiative, dénommée « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ».

Jusqu’à présent, ces deux confessions religieuses semblent émettre des réserves à l’égard de l’initiative de Félix Tshisekedi. Elles ont toujours estimé que « l’aboutissement salvateur de ce “Pacte social” permettra à l’Afrique de s’affranchir des conflits politiques et armés pour s’inscrire dans la logique de la fraternité mondiale des peuples, des communautés et des Nations, promouvant ainsi le modèle de l’État de droit démocratique stable et solide dans nos différents pays ».

En République démocratique du Congo, où le Parlement, composé de deux chambres  l’Assemblée nationale et le Sénat , joue un rôle important dans la marche du pays et les décisions qui engagent la nation, cette rencontre entre Félix Tshisekedi et les parlementaires de sa famille politique intervient dans un contexte marqué par de grands débats et des enjeux majeurs liés à la conduite des affaires publiques. Cette rencontre pourrait ainsi viser à resserrer les liens au sein de la majorité et à adopter une ligne directrice commune pour faire face à cette période mouvementée de la vie sociopolitique et sécuritaire du pays.

À cela s’ajoutent les processus diplomatiques de Washington, entre Kinshasa et Kigali, sous les auspices des États-Unis d’Amérique, et de Doha, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 appuyée par le Rwanda, devenue le Front pour la refondation de la nation (FRN), avec l’accompagnement de l’Union africaine. Malgré ces initiatives, les affrontements impliquant l’AFC/M23, désormais désignée comme le FRN sous l’autorité de Joseph Kabila, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les tensions entre Kinshasa et Kigali ainsi que les conséquences humanitaires du conflit continuent de mettre à l’épreuve les efforts diplomatiques visant à restaurer la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs.

Face à la persistance du décalage entre les avancées diplomatiques et la réalité sur le terrain, des voix s’élèvent pour appeler les différentes parties au respect des engagements pris dans le cadre de ces différentes initiatives

Clément MUAMBA