Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a tenté de lever les équivoques autour du communiqué du rapporteur du bureau de la chambre basse du parlement, demandant aux députés revenus de leurs vacances parlementaires de fournir des éléments sur leurs réalisations dans leurs circonscriptions électorales respectives, notamment les photos, vidéos et coûts des ouvrages réalisés.
Lors de sa communication à l’ouverture de la plénière de ce jeudi 8 octobre, le speaker de la chambre basse a soutenu que l’objectif de cette démarche est d’inventorier les réalisations exécutées sur fonds propres par les élus nationaux et qui ne sont pas prises en charge par l’État.
« Le communiqué sous-évoqué avait pour objectif principal d’inventorier les centres de santé et les écoles construits et/ou réhabilités aux frais des députés nationaux, mais qui jusqu’à ce jour ne sont pas pris en charge par l’État, notamment en ce qui concerne la mécanisation et la prise en charge du personnel, tant dans les secteurs de la santé que de l’éducation », a-t-il déclaré devant la représentation nationale.
Rappelant, lui aussi, les missions constitutionnelles du député national, Aimé Boji a toutefois tenu à saluer les élus qui interviennent en faveur de leurs électeurs à travers diverses actions sociales.
« Votre bureau tient à féliciter et à encourager les honorables députés qui, chaque jour, assistent nos compatriotes, que ce soit en prise en charge des frais de santé, des deuils, des funérailles, d’assistance au paiement des frais scolaires, des frais académiques et j’en passe », a renchéri le président de l’Assemblée nationale.
Pour Aimé Boji, cette implication des députés dans la prise en charge de certains problèmes sociaux s’explique notamment par les réalités auxquelles sont confrontées les populations dans plusieurs circonscriptions. Il estime ainsi que les élus vont parfois au-delà de leurs missions constitutionnelles pour répondre aux sollicitations de leurs électeurs.
Des positions divergentes entre majorité et opposition
Cette mise au point intervient alors que la démarche du bureau de l’Assemblée nationale suscite des réactions contrastées au sein de l’hémicycle.
Dans l’opposition, le député national Gratien Iracan de Saint-Nicolas conteste le principe d’une évaluation des parlementaires à partir des infrastructures ou des œuvres sociales réalisées dans leurs circonscriptions.
Tout en se disant favorable à la redevabilité des élus envers leurs électeurs, l’élu de Bunia estime que la construction des écoles, des routes, des ponts ou des centres de santé relève principalement de l’exécutif. Il plaide plutôt pour une évaluation fondée sur le travail législatif, le contrôle de l’action gouvernementale et les actions de plaidoyer.
À l’inverse, le député national Alexandre Kambale Muhasa, élu de Lubero et issu de la majorité, estime que la documentation des réalisations peut se justifier au regard des réalités vécues dans les circonscriptions. Selon lui, les députés sont régulièrement sollicités par leurs électeurs et peuvent être amenés à intervenir sur leurs propres moyens lorsque certaines réponses attendues du gouvernement tardent à venir.
Il précise toutefois que la transmission des photos et vidéos ne constitue pas, selon lui, une nouvelle obligation constitutionnelle et qu’aucune sanction ne serait prévue en cas de non-transmission.
Le débat porte ainsi sur la distinction entre les missions constitutionnelles du député national et les interventions individuelles que certains élus disent réaliser au bénéfice de leurs bases électorales.
Avec cette mise au point, Aimé Boji Sangara entend donc préciser que l’initiative du bureau vise avant tout à établir un inventaire des actions réalisées par les députés, particulièrement celles qui nécessitent ensuite une prise en charge de l’État, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation.
Samyr LUKOMBO