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Kinshasa : quand les activités de lavage et de réparation des véhicules et motos s’invitent sur la chaussée et sur les trottoirs

Lavage des motos et tricycles à Kinshasa

Longtemps peu visibles, les activités de lavage automobile, de réparation des véhicules et motos ainsi que de vulcanisation des pneus connaissent une expansion remarquable dans plusieurs artères de Kinshasa. Elles attirent de plus en plus de jeunes confrontés au chômage, en quête de revenus au quotidien. 

Mais derrière cette dynamique entrepreneuriale informelle se dessine une autre réalité : l’occupation anarchique de l’espace public, au détriment de la circulation, de la salubrité et de la sécurité des usagers.

Il est 10 heures. Sur l’avenue de l’Abattoir, dans la commune de Masina, un embouteillage paralyse la circulation. Cet axe routier délabré, qui relie le croisement de l’avenue Sep Congo au boulevard Lumumba, est soumis à une circulation difficile, aggravée par le manque de courtoisie entre conducteurs et l’absence de régulation efficace.

Sur son flanc droit, des installations de fortune dédiées au lavage et à la réparation des véhicules et motos, ainsi qu’à la vulcanisation des pneus, occupent une bonne partie de l’espace disponible.

Le spectacle est particulièrement préoccupant au niveau des postes de lavage. Les opérations se déroulent jusque sur la chaussée, dans un environnement déjà marqué par l’insalubrité. L’eau usée, mélangée au sable, forme une couche de boue sur la bande de circulation. Les jets d’eau provoquent des flaques sur le macadam, entraînant sachets et bouteilles en plastique vers un caniveau déjà obstrué.

« Ils avaient sali ma chemise blanche … »

De retour du culte, Rodrigue, habitant du quartier Petro-Congo, déplore la prolifération de ces activités dans la commune de Masina. Il estime que les eaux déversées par les laveurs contribuent à la formation de mares dans plusieurs ruelles du quartier.

Il garde notamment un mauvais souvenir d’un dimanche, lorsqu’un jet d’eau provenant d’un poste de lavage avait atteint sa chemise blanche alors qu’il se rendait à l’église.

« J’ai été tellement contrarié que j’avais dû descendre de la moto pour exprimer ma colère. J’avais finalement résolu de retourner à la maison afin de changer de vêtement », déplore-t-il.

Une vendeuse, qui a souhaité garder l’anonymat, et qui travaille dans une boutique située sur l’asphalte de l’avenue de l’Abattoir, met également en évidence l’occupation de la chaussée par les laveurs de vitres comme un facteur contribuant aux embouteillages. Elle s’indigne de voir ces pratiques se poursuivre sous le regard, selon elle, complaisant de certains éléments de la Police nationale congolaise.

« Ces gens-là (laveurs) sont bizarres. Imaginez qu’ils se permettent de mouiller les gens lorsque les embouteillages se forment ici, et après ils font semblant », dénonce-t-elle.

Les stations de gonflage de pneus à l’assaut des trottoirs

À Kinshasa, les piétons éprouvent déjà d’énormes difficultés à se frayer un passage sur les principales artères, particulièrement aux heures de pointe. Les trottoirs, souvent trop étroits pour permettre à deux personnes de se croiser aisément, sont progressivement accaparés par les motos, mais aussi par les compresseurs d’air et les pneus entreposés aux abords des routes.

Le phénomène est également visible le long du boulevard Lumumba, l’artère principale reliant l’aéroport international de N’djili au centre de Kinshasa.  Les compresseurs fonctionnent à longueur de journée et parfois même tard dans la soirée. Leurs moteurs vrombissent et des fumées noires s’échappent au-dessus de la chaussée.

Ces installations, qui se multiplient de proche en proche et gagnent progressivement le centre-ville, soulèvent la question de l’encadrement des activités commerciales informelles et de la préservation des espaces destinés à la circulation.

Pour l’heure, aucune mesure de régulation visible n’a été constatée sur les sites observés. Selon plusieurs sources, certains exploitants de stations de gonflage, de car-wash et d’ateliers de réparation verseraient des pots-de-vin à des policiers afin de pouvoir poursuivre leurs activités sur des espaces qui ne leur sont pas destinés.

Samyr Lukombo