Pendant que la France préside le Conseil de sécurité des Nations unies en septembre 2026, James Christopher Swan, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), a présenté un rapport sur la situation sécuritaire dans l’est du pays lors d’une réunion trimestrielle du Conseil. Selon Swan, la situation reste préoccupante en raison de la poursuite des hostilités entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, qui bénéficie du soutien du Rwanda, ce qui entraîne une détérioration de la situation humanitaire dans cette région de la RDC.
D’après James Christopher Swan, qui intervenait depuis Kinshasa par vidéoconférence, les développements observés ces derniers mois au Nord-Kivu et au Sud-Kivu témoignent de la persistance des affrontements et des difficultés liées à la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre des différents processus de paix. Selon lui, les développements observés dans l’Est de la RDC soulignent l’ampleur des défis qui subsistent.
« Au Nord-Kivu, les affrontements entre l’AFC/M23 et ses alliés appuyés par le Rwanda, d’une part, et les FARDC, appuyées par leurs alliés, d’autre part, se sont poursuivis au cours des derniers mois. L’AFC/M23 conserve un contrôle étendu sur une large partie du Nord-Kivu, tandis que les principaux combats se concentrent à Masisi et à Walikale. Les deux parties ont continué à recourir à des armes lourdes et à des drones dans la conduite des hostilités, contribuant à la détérioration persistante de la situation sécuritaire », a déclaré mardi 29 septembre 2026 le chef de la MONUSCO lors de son intervention, ajoutant que la situation restait également préoccupante dans la province du Sud-Kivu, en plus du Nord-Kivu.
Selon l’ancien ambassadeur des États-Unis en RDC, le recours croissant aux armes lourdes continue de provoquer des déplacements de population et de perturber les services essentiels.
« Au Sud-Kivu, dans les Hauts-Plateaux de Mwenga, Fizi et Uvira, notamment autour de Minembwe, les FARDC et les groupes Wazalendo ont continué d’affronter l’AFC/M23, soutenue par Twirwaneho et d’autres alliés. Dans plusieurs localités, le recours croissant à des armes lourdes continue de provoquer des déplacements de population et de perturber les services essentiels ainsi que l’acheminement de l’aide humanitaire », a ajouté le chef de la Monusco.
Au-delà de cette situation sécuritaire, James Swan a présenté ce qu’il considère comme des avancées sur le papier et sur le plan diplomatique.
« Depuis mon dernier compte rendu en juin, les efforts diplomatiques soutenus visant à résoudre le conflit dans l’Est de la RDC se sont poursuivis dans le cadre des processus menés par Washington, Doha et l’Union africaine », a-t-il rappelé lors de son intervention
D’après lui, dans le cadre du processus de Washington, le gouvernement de la République démocratique du Congo a annoncé, en juillet, la mise en place d’un processus de désarmement volontaire et de cantonnement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui sera mis en œuvre au cours de l’année à venir. À l’en croire, ces dernières semaines, la MONUSCO a collaboré étroitement avec le gouvernement afin d’évaluer les meilleurs moyens de soutenir cette initiative, conformément à son mandat et aux ressources disponibles.
« En coordination avec le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, la MONUSCO travaille avec les autorités congolaises et rwandaises pour gérer la présence des FDLR conformément aux engagements pris par les signataires des Accords de Washington. Depuis septembre, la MONUSCO a rapatrié 122 anciens membres des FDLR et leurs familles depuis le camp de transit de la Mission à Saké vers le Rwanda », a-t-il expliqué lors de son intervention.
Parallèlement, il a révélé que des progrès s’étaient poursuivis dans le cadre du processus de Doha, avec la reprise des discussions entre le gouvernement de la RDC et l’Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) en Suisse, en août. Il a rappelé que ces discussions avaient abouti à l’adoption d’une feuille de route définissant les orientations de la prochaine phase des négociations.
Il a également fait savoir que le processus de Doha avait bénéficié d’importantes mesures de confiance, notamment la libération et le transfert, par le Comité international de la Croix-Rouge, de 15 détenus du gouvernement de la RDC vers l’AFC/M23, le 7 août. Dans le même temps, il a évoqué le déploiement des deux premières missions du Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE+) à Minembwe, au Sud-Kivu, du 24 au 25 août, et à Masisi, au Nord-Kivu, du 10 au 12 septembre, qu’il considère comme une étape clé vers un cessez-le-feu permanent.
Il a poursuivi son intervention en affirmant que la MONUSCO avait mené des missions de reconnaissance sur les sites désignés et qu’elle avait fourni un soutien logistique, de communication, médical et autre aux missions de l’EJVM+. Ce soutien comprenait le transport terrestre et aérien nécessaire.
« Grâce aux garanties de sécurité reçues des parties au conflit, la MONUSCO a pu faire voler des hélicoptères en toute sécurité depuis l’aéroport de Goma vers des zones du Nord et du Sud-Kivu, et organiser des convois terrestres depuis Saké vers des zones du Nord-Kivu. L’EJVM+ a transmis ses rapports au Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (COVM), établi dans le cadre du processus de Doha, après quoi les prochains sites des missions de l’EJVM+ seront déterminés », a rassuré le chef de la Monusco.
Alors que les processus de Washington (sous l’égide des États-Unis d’Amérique) et de Doha (sous l’égide de l’État du Qatar) avaient suscité de l’espoir quant au rétablissement de la paix dans l’est du pays après l’occupation de Goma (Nord-Kivu) et de Bukavu (Sud-Kivu) par la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, plus d’un an après, la réalité sur le terrain est loin de satisfaire les attentes des populations de cette région, des dirigeants congolais et des partenaires de la RDC.
Si des avancées sont généralement enregistrées sur le papier, elles peinent encore à se concrétiser sur le terrain. Cette situation préoccupe au plus haut point les partenaires du gouvernement congolais, qui ne cessent d’appeler les différentes parties à honorer leurs engagements.
Clément MUAMBA