Klaxons en chœur, empoignades verbales entre conducteurs se disputant une voie embouteillée, passants sans trottoirs sur un macadam dépourvu de marquage, marchés pirates çà et là … C’est le quotidien au rond-point Ngaba, théâtre d’une anarchie qui perdure, situé à la jonction des communes de Ngaba, Lemba et Makala, à l’intersection des avenues By-Pass et Université, au sud de Kinshasa.
Il est 13 heures. En cette période de saison sèche, le soleil accable les passants au rond-point Ngaba. À bord des bus jaunes, les passagers s’impatientent dans un véritable goulet d’étranglement que deux éléments de la police militaire tentent, tant bien que mal, de résorber face à la résistance des conducteurs.
Ici, aucun véhicule ne semble vouloir céder le passage à l’autre. Tous, au contraire, se retrouvent collés les uns aux autres, au mépris des règles élémentaires de circulation, ne laissant pratiquement aucune issue aux piétons pour traverser d’un point à l’autre.

La chaussée, déjà rétrécie par une station-service qui occupe une partie importante de ce carrefour névralgique, est davantage encombrée par des parkings improvisés de motos, taxis et taxi-bus. Ces derniers envahissent le macadam et multiplient les manœuvres, ralentissant davantage la circulation.
Des marchés pirates à l’origine des montagnes d’immondices
De part et d’autre, des vendeurs étalent au sol épices, légumes, chaussures et divers autres articles, en dépit de la mesure dite « Bala bala eza wenze te » — « la voie publique n’est pas un marché » — prise en 2025 par le gouverneur de Kinshasa pour libérer les emprises publiques des marchés pirates.
Au rond-point Ngaba, ces activités commerciales se déroulent désormais au milieu de véritables tas d’immondices.
Sachets et bouteilles en plastique, épluchures, cartons, boîtes, canettes … sont éparpillés jusque sur la chaussée. D’autres déchets s’amoncellent à proximité des caniveaux, pour la plupart obstrués.
Plusieurs vendeurs ayant pris possession de ces espaces s’en servent même comme lieux de repos. À quelques mètres, des odeurs nauséabondes se dégagent des déchets, contraignant les passants à se couvrir le nez dans cette promiscuité où se mêlent circulation, commerce et insalubrité.
D’autres déchets, entassés dans des sacs, sont brûlés à ciel ouvert en pleine journée. Une fumée noire et chargée de particules se dégage alors au-dessus du carrefour, ajoutant à la pollution ambiante.
Passage sans grand impact des éléments du Service national
Si les hommes venus de Kaniama Kasese ont, tant soit peu, contribué à dissuader le jet des déchets et certaines formes de désordre dans plusieurs carrefours de Kinshasa, leur passage, il y a deux semaines, au rond-point Ngaba semble n’avoir laissé qu’une empreinte limitée.
La situation est, pour l’essentiel, revenue à son train-train quotidien : insalubrité, incivisme routier, marchés pirates, stationnements anarchiques et autres pratiques interdites persistent sous le regard des agents chargés de faire respecter l’ordre.
Sur place, les interventions des éléments de la police apparaissent surtout concentrées sur la perception de différentes « taxes », selon plusieurs usagers et vendeurs rencontrés sur le site.
Ainsi va le rond-point Ngaba, où l’anarchie semble avoir pris ses quartiers, au grand dam des usagers de la route et des riverains.
Samyr LUKOMBO