Le président de l'entente urbaine de cyclisme de Kinshasa, Abraham Lwakabwanga, approché par ACTUALITE.CD, a dressé un tableau particulièrement sombre du cyclisme congolais. Entre vélos de course hors de prix, absence de championnats et désengagement total de l’État, le constat est alarmant.
Selon lui, la réalité économique des coureurs congolais est devenue insoutenable. Depuis plusieurs mois, la discipline doit survivre sans le moindre franc congolais de la part des autorités publiques, alors que le matériel de haut niveau exige des investissements colossaux.
« j’aimerais vous dire que le cyclisme, depuis 2023, est un sport qui n’est plus parrainé par le gouvernement. Et pourtant, c’est l’un des sports les plus onéreux. Un vélo coûte en moyenne 15 à 20 000 euros. Alors, si vous imaginez, en termes de matériel, tous les 3 mois, il faut changer chaînes, pneus et autres. C’est un sport qui coûte cher et qui demande nécessairement des logistiques et des moyens financiers adéquats », a-t-il fait savoir.
Et d'ajouter :
« Il faut le reconnaître, l’une des premières villes dans laquelle le cyclisme se pratiquait, c’est Goma. Goma, qui aujourd’hui est dans une situation difficile, mais nous croyons que nous avons pris le relais. Kinshasa, Lubumbashi aussi n’est pas resté en reste. Nous travaillons pour que le cyclisme, une fois pour toutes, se relève ».
Au-delà du manque d'argent, c'est le pilotage même de la discipline qui est pointé du doigt. Le dernier coup d'éclat du cyclisme national remonte au 13 juin 2023, lorsque Joël Kasereka Caviro, sacré champion du Congo, s'imposait magistralement. Une victoire symbolique, dédiée ce jour-là à l’anniversaire du Chef de l'État. Depuis, le néant. Aucun championnat national n'a été organisé.
« La fédération ne nous aide pas dans ce sens-là. Nous demandons à ce qu’il y ait une prise en charge par le gouvernement. Et surtout, un sérieux qui devrait venir de la fédération. Parce qu’on ne peut pas continuer comme ça. Nous, on pousse d’un côté, et la machine de l’autre côté tire. Ce n'est pas comme ça qu’on va rebâtir le cyclisme congolais », regrette amèrement le président de l'entente urbaine de cyclisme de Kinshasa.
Malgré ce tableau particulièrement sombre, le potentiel congolais reste intact, notamment chez les dames qui continuent de porter haut le drapeau de la RDC lors des rares compétitions. C'est ce potentiel que l'Entente de Kinshasa tente de couver tant bien que mal, en s'efforçant de boucher les trous laissés par les instances nationales.
« Les résultats sont là. Nous avons quand même des filles qui ont été performantes. Les coureuses performantes. Je gère Kinshasa, mais nous croyons que lorsqu’il y a un vide, on peut appuyer. Nous le faisons pour le bien du cyclisme en général », conclut Abraham Lwakabwanga.
Il est essentiel que le ministère des Sports et la Fédération Congolaise de Cyclisme (FECOCY) prennent en compte cette signalisation avant que la discipline ne disparaisse des routes de la RDC.
Fiston MOKILI