Alors que l'arrivée de trois officiers des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu et zone sous contrôle de l'AFC/M23, pour intégrer le Mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu (EJVM+), était perçue comme une avancée vers le déploiement effectif de cet organe chargé de surveiller le respect du cessez-le-feu entre Kinshasa et l'AFC/M23, les choses semblent mal tourner quelques semaines après leur arrivée.
Ce mécanisme, voulu et réclamé par les partenaires de la RDC engagés dans les initiatives diplomatiques de résolution de la crise sécuritaire, s'inscrit dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu signé à Doha entre les deux parties en octobre 2025. Toutefois, sa mise en place, en prélude à son déploiement effectif, intervient dans un contexte où Kinshasa et l'AFC/M23 continuent de s'accuser mutuellement de nouvelles attaques contre les civils et de violations des engagements pris.
La question a été abordée lors de la 95e réunion du Conseil des ministres, tenue vendredi 31 juillet 2026 à Kaniama Kasese, dans la province du Haut-Lomami. Présentant la situation opérationnelle sur le terrain, le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, Guy Kabombo, a révélé dans sa note d'information que l'un des officiers des FARDC déployés au sein du mécanisme avait été expulsé, selon lui, sans motif valable. D'après le patron de la Défense nationale, cette décision des responsables de l'AFC/M23 vise à compromettre le déploiement de ce mécanisme chargé de vérifier le respect du cessez-le-feu dans l'Est de la RDC.
« Autre fait marquant relevé par le VPM, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants : le refus de l'équipe du Mécanisme conjoint élargi de vérification par la coalition RDF-M23, qui a abouti à l'expulsion, sans raison valable, de l'un de nos officiers supérieurs des zones sous son contrôle. Il s'agit d'une action délibérée visant à retarder le déploiement et à compromettre la mise en place du mécanisme de vérification du cessez-le-feu », rapporte le compte rendu de la réunion lu par le porte-parole du gouvernement.
En dépit de ces obstacles, le gouvernement de la République démocratique du Congo réaffirme sa volonté de respecter les engagements pris dans le cadre des initiatives de paix, notamment le processus de Doha mené sous l'égide de l'État du Qatar.
« Le VPM, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants a rassuré que le gouvernement tient à la bonne exécution de la mission de ce mécanisme afin de permettre la mise en œuvre des engagements librement souscrits et de faire avancer le processus de Doha », a ajouté le porte-parole du gouvernement dans le compte rendu.
Au cours de la même réunion du Conseil des ministres, le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, a également dressé un état de la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo. Il a fait état de la poursuite des activités hostiles de la coalition RDF-M23, qu'il accuse de renforcer continuellement ses effectifs et ses capacités militaires.
Selon le compte rendu de la réunion, « la situation opérationnelle est marquée par la poursuite des activités hostiles de la coalition RDF-M23, qui continue de renforcer ses effectifs et son matériel, au mépris de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies et des principes du cessez-le-feu ».
Face à cette évolution, le gouvernement affirme que les Forces armées de la République démocratique du Congo demeurent pleinement mobilisées. « Nos forces armées restent en alerte, mobilisées et déterminées à y faire face » a indiqué le Vice-Premier ministre cité dans le compte rendu.
La mise en place de ce dispositif ne date pas d'aujourd'hui. Elle remonte à l'accord de cessez-le-feu signé à Doha entre les représentants du gouvernement de la République démocratique du Congo et les délégués de l'AFC/M23 en octobre 2025, qui prévoyait déjà un mécanisme chargé d'en vérifier l'application. Les termes de référence, le mandat, la composition et le mode de fonctionnement de ce mécanisme ont ensuite été adoptés le 2 février 2026, toujours à Doha, sous l'égide de l'État du Qatar.
Le Mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu (EJVM+) a pour mission de surveiller l'application du cessez-le-feu, d'enquêter sur les violations signalées et d'en rendre compte. L'Union africaine, le Qatar et les États-Unis y participent en qualité d'observateurs.
Formalisé lors des pourparlers de Montreux, en Suisse, en avril dernier, ce mécanisme vise à assurer une surveillance conjointe du respect de la trêve entre Kinshasa et l'AFC/M23. Son déploiement effectif, marqué par l'arrivée récente d'officiers congolais à Goma, intervient toutefois dans un contexte où les deux parties continuent de s'accuser mutuellement de violations du cessez-le-feu.
Conformément à la résolution 2808 (2025), qui prolonge le mandat de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) jusqu'au 20 décembre 2026, la Mission est autorisée à appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu permanent ainsi que du mécanisme de vérification convenu entre les parties à Doha, notamment en apportant un soutien logistique et technique.
Clément MUAMBA