Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) affirme avoir franchi une étape importante dans la mise en œuvre de ses engagements en faveur de la paix, dans le cadre de l’accord signé à Washington avec le Rwanda, sous les auspices des États-Unis. Kinshasa annonce avoir obtenu des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) la signature d’un protocole portant sur le désarmement, la démobilisation et le cantonnement de leurs combattants. Une avancée que les autorités congolaises présentent comme une réponse concrète aux préoccupations sécuritaires soulevées par Kigali depuis plusieurs années dans l’Est du pays. Pour le gouvernement congolais, cette démarche contribue également à affaiblir l’argument régulièrement avancé par Kigali pour justifier son implication militaire sur le territoire de la RDC.
Interrogé sur la durée du processus de désarmement et de démobilisation des combattants FDLR, Floribert Anzuluni, ministre de l'Intégration régionale a indiqué au cours d’un briefing de presse mardi 28 juillet, qu’un plan opérationnel avait déjà été élaboré par la structure technique compétente de l’État congolais. Il précise toutefois que ce plan devra encore être officialisé après concertation avec les différentes parties prenantes.
« Pour ce qui est du timing, nous avons le PDDRCS, la structure technique de démobilisation de l'État congolais, qui a travaillé sur un plan opérationnel qui inclut un chronogramme et un budget. Nous allons d'ici là officialiser cela et présenter officiellement ce plan après nous être accordés, bien évidemment, avec les différentes parties prenantes. Il y aura clairement un chronogramme adossé à ce plan opérationnel qui nous permettra de déterminer dans quel délai nous espérons finaliser ce processus », a-t-il déclaré.
Réagissant aux critiques formulées par les autorités rwandaises après cette annonce, le ministre congolais estime qu’elles traduisent une surprise face aux démarches entreprises par Kinshasa. Floribert Anzuluni assure que le gouvernement congolais entend poursuivre le processus jusqu’à son aboutissement.
« Ils ont semblé être surpris du fait que la République démocratique du Congo a travaillé méthodiquement sur cette question et aujourd'hui ils semblent contester ce que nous avons fait. Nous restons droits dans nos bottes, nous allons rester droits, méthodiques comme je l'ai dit, et nous allons emmener cette question jusqu'au bout parce qu'il est temps que nous mettions fin, très sincèrement, à ce conflit qui a fait beaucoup trop de dégâts au sein de nos populations », a souligné le ministre de l’Intégration régionale.
La mise en œuvre de cet engagement reste cependant liée à la situation sécuritaire dans les zones où se trouvent les combattants FDLR. Une partie importante de ces zones serait actuellement sous contrôle des forces rwandaises, selon les autorités congolaises. Sur cette question, Floribert Anzuluni rappelle que les discussions engagées dans le cadre des accords de Washington prévoyaient un retrait progressif des troupes rwandaises des zones opérationnelles identifiées.
« Pour ce qui est de la partie occupée, effectivement, il est important également de préciser que, dans les discussions qui ont eu lieu dans le cadre des accords de Washington, lorsque les six zones opérationnelles ont été identifiées, l'accord était également que le Rwanda retire ses troupes progressivement des différentes zones pour permettre à la RDC de pouvoir procéder à son engagement de neutralisation », a-t-il déclaré.
Le ministre affirme qu’un début de retrait aurait été observé dans le Nord avant un arrêt du processus. « Il y a eu un semblant, vous l'avez vu, qui a été fait dans le Nord, mais ensuite le Rwanda s'est arrêté en disant que la RDC ne remplissait pas ses engagements de neutralisation et qu'il estimait que nous ne posions aucun acte qui confirmait que nous allions dans le sens du respect de nos engagements » a-t-il poursuivi.
Pour Kinshasa, la signature du protocole avec les FDLR constitue désormais une preuve de l’engagement congolais.
« Aujourd'hui, il est clairement établi que nous étions en train d'y travailler et que nous avons un résultat clair et palpable qui devrait maintenant pousser et faire en sorte que le Rwanda puisse commencer à quitter le territoire congolais pour faciliter justement la démobilisation du plus grand nombre de ces combattants » a indiqué Floribert Anzuluni.
Cette démarche intervient dans un contexte où la neutralisation des FDLR par le gouvernement de la République démocratique du Congo et la levée des mesures défensives, donc du déploiement des forces rwandaises sur le sol congolais, deux engagements clés de l'accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali, n'ont connu aucune avancée un an après la signature de cet accord. Washington, par l'entremise de Massad Boulos, « Monsieur Afrique » de l'administration Trump, qui l'avait reconnu devant le Conseil de sécurité des Nations unies, avait exigé des deux parties le respect des engagements issus de cet accord.
Malgré la signature de cet accord, les choses ne semblent pas évoluer dans la bonne direction, au regard de la poursuite des hostilités sur le terrain, des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et des interprétations divergentes des termes de l'accord, rendant sa mise en œuvre encore plus complexe. Pendant ce temps, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut à cette guerre, tandis que la situation humanitaire demeure particulièrement préoccupante
Clément MUAMBA