Alors que Kinshasa considère sa démarche comme une « avancée » dans la mise en œuvre des engagements sécuritaires contenus dans le CONOPS, dans le cadre des accords de Washington signés sous les auspices des États-Unis d’Amérique, Kigali a vivement critiqué l’annonce faite par le gouvernement de la République démocratique du Congo au sujet d’un protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement impliquant le gouvernement congolais et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Dans une réaction publiée sur son compte X, le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, affirme que cette initiative est contraire aux engagements pris dans le cadre des accords de Washington. Selon lui, ce document ne trouverait aucun fondement dans les accords signés entre les parties concernées.
« La signature de ce prétendu “protocole” entre le père (le gouvernement congolais), le fils (les FDLR) et le mauvais esprit (l’idéologie du génocide) n’est en rien conforme aux accords de Washington, qui ne le prévoient nulle part. Et pour cause, les génocidaires des FDLR ne sont pas une partie à ces accords ; ils en sont plutôt l’objet », a-t-il déclaré mercredi 29 juillet 2026 sur son compte X.
Dans son intervention, Olivier Nduhungirehe accuse Kinshasa de chercher à contourner ses obligations sécuritaires. Il évoque notamment le Concept des opérations (CONOPS) et l’Ordre opérationnel (OPORD), estimant que la République démocratique du Congo devait prendre certaines mesures dans un délai de 90 jours.
« Il s’agit donc ici d’une grossière manipulation de Kinshasa et de ses suppôts, d’une manœuvre dilatoire de la RDC visant à essayer de s’extirper de son obligation sécuritaire principale qui, selon le Concept d'opérations (CONOPS) et son Ordre opérationnel (OPORD), devait être accomplie dans une période de 90 jours » a-t-il ajouté.
Le ministre rwandais affirme par ailleurs que, depuis la signature des accords de Washington le 4 décembre 2025, Kinshasa aurait renforcé son appui aux FDLR et facilité leur structuration politique. Il cite notamment plusieurs personnalités vivant en Europe qu’il accuse d’être liées à cette dynamique, parmi lesquelles Jean-Luc Habyarimana, Fabien Singaye, Thomas Nahimana et Thadée Kwitonda.
Olivier Nduhungirehe estime que les initiatives dénoncées ne constituent pas un changement majeur dans le dossier régional.
« Je rappellerais que, depuis la signature des accords de Washington le 4 décembre 2025, le gouvernement de Kinshasa a non seulement intensifié son soutien militaire aux FDLR, dont une grande partie serait d’ailleurs intégrée dans son armée, mais a également accéléré l’organisation politique de ce mouvement, en faisant appel à certains politiciens liés à l’ancien régime et vivant en Europe, principalement Jean-Luc Habyarimana, Fabien Singaye, Thomas Nahimana et Thadée Kwitonda. En conclusion, les gesticulations médiatiques de cette trinité malfaisante constituent un non-événement », a soutenu le chef de la diplomatie rwandaise
Cette démarche intervient dans un contexte où la neutralisation des FDLR par le gouvernement de la République démocratique du Congo et la levée des mesures défensives, donc du déploiement des forces rwandaises sur le sol congolais, deux engagements clés de l'accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali, n'ont connu aucune avancée un an après la signature de cet accord. Washington, par l'entremise de Massad Boulos, « Monsieur Afrique » de l'administration Trump, qui l'avait reconnu devant le Conseil de sécurité des Nations unies, avait exigé des deux parties le respect des engagements issus de cet accord.
Malgré la signature de cet accord, les choses ne semblent pas évoluer dans la bonne direction, au regard de la poursuite des hostilités sur le terrain, des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et des interprétations divergentes des termes de l'accord, rendant sa mise en œuvre encore plus complexe. Pendant ce temps, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut à cette guerre, tandis que la situation humanitaire demeure particulièrement préoccupante.
Clément MUAMBA