Vendredi, lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur de science politique Bob Kabamba Kazadi (Université de Liège) s'est penché sur une question qui traverse l'histoire politique congolaise : pourquoi ceux qui prennent les armes finissent-ils presque toujours par intégrer le pouvoir sans avoir à répondre de leurs actes devant la justice ?
La réponse tient, selon lui, à un arbitrage récurrent. Dès qu'un groupe armé atteint ce qu'il appelle un « seuil d'invulnérabilité », un point où il devient impossible à neutraliser militairement, les décideurs se retrouvent face à un choix binaire : poursuivre la justice, ou mettre fin à la guerre. Et c'est presque systématiquement la seconde option qui l'emporte.
Ce mécanisme, précise l'analyste, ne se limite pas à la RDC. Il cite le cas de la Cour pénale internationale, dont les procédures peuvent être suspendues à la demande du Conseil de sécurité de l'ONU lorsque des perspectives de paix se dessinent dans un conflit. Un choix qui, selon lui, produit un effet en cascade : les groupes armés intégrés au jeu politique par cette voie refusent ensuite toute logique de justice, invoquant le « deux poids deux mesures », les rapports des Nations Unies documentant, selon lui, des violations des droits humains aussi bien du côté des groupes rebelles que de l'armée congolaise, sans que les deux camps soient traités de manière égale.
Le professeur Kabamba Kazadi rappelle qu'un précédent similaire s'est joué en RDC même : au sortir du dialogue de Sun City, le Parlement de transition avait rapidement adopté une loi d'amnistie, mettant fin à toute tentative de recherche de justice pour les faits commis durant la guerre, un choix qu'il présente comme la marque de fabrique des sorties de crise congolaises.