Environ deux semaines après la déclaration officielle de la 17e épidémie de la maladie à virus Ebola dans l’Est de la République démocratique du Congo, le gouvernement, à travers le ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, a fait le point sur la prise en charge des personnes affectées par le virus, tout en mettant en avant les efforts déployés pour obtenir des traitements innovants et renforcer la riposte sanitaire sur le terrain.
Intervenant mardi 26 mai lors du briefing presse conjoint avec son collègue de la Communication et des Médias, le ministre de tutelle, Roger Kamba, a révélé que la RDC est en discussion avec ses partenaires des États-Unis d’Amérique afin de rendre disponible un traitement à base d’anticorps monoclonaux, développé pour agir sur les trois différentes souches du virus Ebola.
"Peut-être que beaucoup de gens ne le savaient pas, ce que les américains avaient développé comme notre traitement contre Zaïre, ils avaient développé un traitement, ce qu'on appelle un anticorps monoclonal contre, qui a agi en test sur les trois types d’Ebola : Ebola Zaïre, Ebola Soudan et Ebola Bundibugyo. Nous avons demandé aux Américains de nous disponibiliser cette molécule là afin de pouvoir traiter les malades. Ils en ont, nous avons fait la demande officielle, nous avons beaucoup échangé avec eux et je pense que, dans les jours qui viennent, on va voir", a fait savoir le ministre Samuel Roger Kamba lors de son intervention.
Le ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale a toutefois indiqué que ce traitement ne sera pas administré immédiatement aux malades dans le cadre classique des soins. En parallèle, les autorités sanitaires congolaises ont également demandé des antiviraux destinés à agir contre les virus de manière générale.
"Nous n’allons pas traiter les malades directement, on va faire ce qu'on appelle un essai clinique parce que ça été testé en laboratoire, ça été testé, ça passait tout le stage d'évaluation mais comme il n'y avait pas d'Ebola autre que Zaïre mais ça n'a pas été utilisée donc nous allons utiliser si les américains nous en disponibilisent cet anticorps monoclonal pour pouvoir traiter les malades, c'est vraiment pour les gens qui sont malade. Nous avons également aussi des antiviraux que nous avons demandé, c’est-à-dire des médicaments qui agissent contre les virus de manière générale que nous avons aussi demandé mais ça ce sont des médicaments on va dire qui s'attaquent au virus de manière générale, ça c'est par rapport à la prise en charge", a fait savoir le ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale.
Par ailleurs, en attendant l’arrivée éventuelle de ces traitements spécifiques, la prise en charge des malades reste essentiellement symptomatique. Roger Kamba a rappelé que les équipes médicales interviennent principalement pour soulager les complications liées à la maladie.
"En attendant, la prise en charge reste symptomatique c'est-à-dire que lorsqu’un malade est déshydraté à cause d’une gastro-entérite ou d’une diarrhée, il faut le réhydrater, lorsqu’il développe une détresse respiratoire, il faut prendre en charge cette détresse respiratoire, lorsqu’il souffre d’une forte anémie due à une importante perte de sang, il faut également intervenir à ce niveau-là, Il existe donc des traitements de soutien, mais pas encore de traitement spécifique directement dirigé contre le virus. Et c’est cette prise en charge que nous déployons actuellement", a expliqué le ministre Samuel Roger Kamba.
Outre l’aspect médical, le gouvernement mise également sur la communication communautaire afin de limiter la propagation de la maladie. Le pilier CREC, consacré à la communication des risques et à l’engagement communautaire, mobilise plusieurs acteurs locaux.
"Nos agents sont sur le terrain. Ils rencontrent des chefs coutumiers, des évêques, des élèves et des ONG afin de mobiliser les communautés", a indiqué Roger Kamba.
Le ministre de tutelle a rappelé que la prévention demeure essentielle notamment à travers l’évitement des contacts physiques et le respect des mesures sanitaires. Il a aussi insisté sur l’importance des enterrements sécurisés, soulignant qu’une personne décédée peut encore transmettre le virus par les sécrétions présentes sur le corps.
Poursuivant son intervention, Samuel Roger Kamba a évoqué le troisième pilier de la riposte : la recherche et le suivi des cas contacts.
"Lorsqu’un cas est identifié rapidement, nous procédons immédiatement au diagnostic à travers les tests de laboratoire. Une fois le cas confirmé, il faut isoler la personne afin d’éviter toute propagation", a-t-il fait savoir, reconnaissant que certaines tensions sont apparues autour des procédures d’isolement et des enterrements sécurisés.
En date du 15 mai 2026, une épidémie d’Ebola a été confirmée dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. L’OMS a déclaré cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale. Il s’agit d’une souche rare du virus pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique.
Les conflits, les importants mouvements de population ainsi que la faiblesse du contrôle gouvernemental rendent difficiles le traçage des contacts et les efforts de riposte, tout en augmentant le risque de propagation à d’autres régions du pays et aux pays voisins. La grave situation humanitaire dans la région, où plus de 26 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, accroît davantage leur vulnérabilité. La malnutrition, les déplacements de population et la fragilité des services de santé contribuent à un risque élevé d’infection et de mortalité.
Malgré les difficultés majeures d’accès aux communautés touchées, les autorités sanitaires congolaises se montrent optimistes et affirment disposer d’une connaissance approfondie ainsi que d’une expérience avérée dans la lutte contre les épidémies d’Ebola
Clément MUAMBA