Plus d’un an après son adresse à la nation de mai 2025 à l’issue d’une longue période de silence, Joseph Kabila est de nouveau sorti de son silence ce vendredi 9 octobre. Il déplore la non-prise en compte de ses propositions, notamment celle relative au « pacte citoyen » en 12 points, destiné à « sauver le Congo du gouffre ».
Dans son message intitulé « LE PAYS EST EN PÉRIL : NE PAS AGIR, C’EST ÊTRE COMPLICE », le quatrième président de l’histoire de la RDC constate que, depuis la formulation de son initiative, la situation du pays n’a cessé de se détériorer, sans qu’aucune perspective crédible d’amélioration ne se dessine
« Près d’un an et demi après mon adresse du 23 mai 2025, force est de constater que mes propositions, mises en garde et conseils ont été superbement ignorés par ceux qui nous gouvernent, ne suscitant pas de ce fait le moindre changement de politiques publiques. La situation générale du pays n’a donc cessé d’empirer, sans qu’aucune perspective crédible d’amélioration ne se dessine », a déclaré Joseph Kabila Kabange, ancien chef de l’État congolais.
Dans son message, l’ancien président dresse un tableau sombre de la situation politique et sécuritaire du pays. Il déplore notamment la dégradation de la cohésion nationale, la persistance des conflits armés et l’absence de changements significatifs dans la conduite des politiques publiques.
Joseph Kabila dénonce les conséquences d’une gouvernance qu’il qualifie d’« irresponsable et surannée ». L'autorité morale du FCC affirme que cette gouvernance a contribué à l’effondrement de la cohésion nationale depuis son départ de la magistrature suprême.
« Conséquences logiques, mais aussi tragiques, de cette gouvernance irresponsable et surannée, la cohésion nationale a volé en éclats, tandis que la paix et le vivre ensemble ont fait de nouveau place à des conflits identitaires, à l’insécurité et à la guerre », a dénoncé l’autorité morale du Front commun pour le Congo (FCC).
Pour lui, il était impératif et urgent de redresser la barre. Fort de son expérience à la tête du pays, il rappelle les douze mesures qu’il avait proposées pour faire face à la crise et engager un processus de redressement national. Cette thérapie de choc s’articule autour des priorités suivantes :
•Mettre fin à la tyrannie ;
•Arrêter la guerre ;
•Rétablir l’autorité de l’État ;
•Restaurer la démocratie et l’État de droit ;
•Rétablir les libertés fondamentales ;
•Réconcilier les Congolais et reconstruire la cohésion nationale ;
•Relancer le développement du pays grâce à la bonne gouvernance ;
•Instaurer un dialogue sincère et permanent avec tous les pays voisins ;
•Rétablir la crédibilité internationale du pays ;
•Neutraliser tous les groupes armés nationaux et étrangers ;
•Mettre fin à l’utilisation des mercenaires ;
•Ordonner le retrait, sans délai, de toutes les troupes étrangères du territoire national
Cette sortie de Joseph Kabila intervient dans un contexte marqué par des tractations autour de l’initiative de dialogue national lancée par le président Félix Tshisekedi, sur fond de fortes tensions politiques et sécuritaires en République démocratique du Congo (RDC). Officiellement annoncé en août 2026 sous l’appellation de « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », ce processus doit, selon la Présidence de la République, s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité du pays. Il devrait s’étendre sur une période maximale de trois mois, en commençant à la base avant de s’étendre aux instances nationales.
Cependant, son format suscite des désaccords au sein de la classe politique. L’opposition, notamment la famille politique de Joseph Kabila Kabange, conteste les modalités du processus et réclame davantage de garanties quant à son caractère inclusif et consensuel. Les questions liées à la préparation, à la facilitation et à la participation des différentes forces politiques et sociales demeurent ainsi au cœur des divergences entourant ce dialogue.
Cette démarche intervient également dans un contexte où les initiatives diplomatiques menées sous l’égide de Washington et de Doha peinent malgré plusieurs rencontres d’évaluation à produire les résultats escomptés. Sur le terrain, les hostilités se poursuivent entre les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda, et les forces gouvernementales congolaises.
Clément MUAMBA