Invité mercredi 7 octobre du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'économiste Jean-Paul K. Tsasa a précisé le concept d'« État stratège », au cœur de l'ouvrage « Du changement de la Constitution » qu'il cosigne avec Dandy A. Matata. Pour lui, un tel État ne se limite pas à ses fonctions régaliennes : il oriente les ressources du pays pour garantir à chaque citoyen dignité, prestige et progrès social.
Le concept d'« État stratège » sert de boussole aux deux auteurs pour trancher la question du maintien, de la révision ou du changement de la Constitution. Invité à l'expliquer aux auditeurs, le professeur Tsasa a d'abord rappelé sa dimension technique. Selon lui, l'État stratège est le résultat d'un équilibre, et cet équilibre peut aussi bien produire un État stratège que sa négation.
« Avant de parler d'un État stratège, il faut avoir un État »
L'universitaire a ensuite proposé une définition plus simple, avec un préalable : « Avant de parler d'un État stratège, il faut avoir un État. » Une fois cette condition remplie, un État stratège doit, selon lui, aller au-delà de la supervision des fonctions régaliennes. Il ne s'agit pas seulement d'assurer la sécurité et les autres missions qui fondent son autorité.
L'État stratège doit aussi orienter les ressources du pays. Jean-Paul Tsasa en cite plusieurs catégories : les ressources humaines, les ressources naturelles et d'autres ressources, mais également les institutions et les capacités productives. Il y ajoute le choix collectif, en insistant sur ce point : il s'agit de choix collectifs « et non de choix partisans ». Enfin, l'État stratège doit conduire les transformations structurelles de l'économie et de la société.
Trois éléments : la dignité, le prestige et le progrès
L'objectif final de cette action, selon le professeur Tsasa, est de garantir aux citoyens trois éléments. Le premier est la dignité, celle qui est due à chaque être humain. Le deuxième est le prestige du citoyen. Pour l'illustrer, l'économiste a pris l'exemple du voyageur : avec son passeport et son identité, lorsqu'il se présente dans un aéroport, le citoyen d'un État stratège est « porteur d'un certain prestige ». Le troisième est le progrès social, que Jean-Paul Tsasa définit comme l'ensemble des possibilités qui permettent à chacun de mener une vie digne au sein de la société.
Une grille pour juger la Constitution
Cette définition éclaire la démarche défendue par les deux auteurs. Plutôt que de répondre par « oui » ou par « non » à la question du changement de la Constitution, ils proposent de vérifier si le cadre constitutionnel actuel permet à la RDC de converger vers un tel État. Si c'est le cas, la Constitution doit être maintenue. Dans le cas contraire, son changement peut se justifier, mais uniquement au nom de cet objectif.