En plus du rapport de vacances parlementaires, le bureau de l’Assemblée nationale demande aux députés nationaux de documenter, notamment à travers des photos et vidéos, les différentes réalisations effectuées dans leurs circonscriptions électorales respectives.
Interrogé par ACTUALITE.CD sur cette nouvelle démarche, le député national Alexandre Kambale Muhasa, élu de la circonscription électorale de Lubero (Ituri) a indiqué qu’il ne s’agit pas là d’une nouvelle mission attribuée aux députés par les textes qui régissent le fonctionnement de l’Assemblée nationale.
« Ce n’est pas un nouveau rôle. Le bureau de l’Assemblée estime que, comme les députés l’ont toujours fait, il faudrait aussi consolider les images ainsi que les vidéos des différentes réalisations des députés. C’est une manière de montrer et de documenter les sacrifices consentis par les députés pour le développement du pays », a-t-il dit à ACTUALITE.CD.
À la question de savoir si cette demande constitue une exigence constitutionnelle, l’élu reconnaît que cette obligation ne découle pas directement de la loi, mais l’inscrit dans une réalité du terrain.
« Cela peut ne pas être constitutionnel, mais c’est une réalité que nous vivons. En dehors de ce qui est prévu par la loi, il y a aussi la réalité du terrain », a-t-il soutenu.
Il précise par ailleurs qu’aucune sanction ne serait prévue contre les députés qui ne transmettraient pas les images de leurs réalisations.
« Ce n’est pas une exigence. Celui qui veut le faire va le faire. Celui qui ne veut pas le faire ne le fera pas. Il n’y aura pas de sanctions », a-t-il affirmé.
Des réalisations financées par les émoluments des députés
Concernant le financement de ces actions, Alexandre Kambale a souligné que les députés interviennent souvent sur fonds propres, à partir de leurs émoluments, et de manière volontaire.
« Ce n’est pas que nous recevons de l’argent spécifiquement destiné à ces réalisations. Les députés l’ont toujours fait de leur propre volonté, à partir de leurs émoluments », a-t-il déclaré.
Pour lui, cette implication s’explique notamment par les difficultés rencontrées dans les circonscriptions électorales. Les députés, explique-t-il, sont régulièrement sollicités par leurs électeurs alors même que certaines demandes adressées au gouvernement restent sans réponse.
« Les députés présentent les besoins et les problèmes de leurs entités respectives, mais lorsque le gouvernement n’a pas répondu, que peuvent faire les députés ? Ils vont plaider pendant cinq ans alors que le gouvernement n’a pas répondu et simplement observer leurs électeurs souffrir ? », s’est-il interrogé.
L’élu soutient que le mandat parlementaire implique également une responsabilité envers les populations représentées : « Vous avez été élu, vous avez été choisi comme leader. Et un leader doit aussi avoir la volonté d’aider les siens », a-t-il conclu.
D’après le communiqué officiel de la chambre basse du parlement, tous les élus ont jusqu’au 15 septembre pour s’exécuter à cette exigence, destinée à permettre « l’élaboration d’un document consacré aux réalisations des députés nationaux dans leurs fiefs électoraux. »
Cette demande suscite déjà des réactions au sein de l’opinion, notamment sur les réseaux sociaux. Certains internautes s’interrogent sur la nature et l’origine des financements ayant permis aux élus de réaliser ces ouvrages ou actions dans leurs circonscriptions.
La question porte également sur le rôle constitutionnel du député national et sur la distinction entre les missions parlementaires de représentation, de législation et de contrôle, d’une part, et la réalisation directe d’infrastructures ou d’actions sociales, d’autre part.
Samyr LUKOMBO