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A l’ONU, la RDC réaffirme sa détermination à faire de ses minerais un levier de souveraineté et de développement : « nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale »

Judith Suminwa

Pays riche en matières premières et en minerais critiques, la République démocratique du Congo (RDC) veut changer de position dans l’économie mondiale des ressources stratégiques. À la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, placée sous le thème « Rétablir la confiance, gérer la transformation : des Nations unies au service de tous », mercredi 23 septembre 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a placé la question des ressources stratégiques au cœur des enjeux de paix, de développement et de sécurité internationale, dans un monde marqué par de profonds bouleversements et de fortes tensions géopolitiques.

Dans son intervention, en présence de la délégation congolaise et de représentants de plusieurs pays, la cheffe du gouvernement congolais, qui s’exprimait au nom du chef de l’État, Félix Tshisekedi, a relevé un paradoxe qui caractérise particulièrement la RDC : certaines ressources qui alimentent les conflits sur son territoire sont également indispensables aux transformations technologiques et énergétiques de l’économie mondiale.

Selon Judith Suminwa, l’évolution des technologies à l’échelle mondiale ne cesse d’accélérer la demande de cuivre, de cobalt, de lithium, de nickel et d’autres minerais critiques.

« Il est un autre paradoxe que l’expérience de mon pays donne à voir au monde : certaines de ses ressources qui alimentent les conflits sur son territoire sont aussi celles dont dépend une part croissante des transformations de l’économie mondiale. La gouvernance des ressources stratégiques devrait désormais être un enjeu de paix, de développement et de sécurité mondiale. La transition énergétique, l’électrification des transports, le stockage de l’énergie ainsi que l’expansion des infrastructures numériques et de l’intelligence artificielle accélèrent la demande de cuivre, de cobalt, de lithium, de nickel et d’autres minerais critiques », a déclaré la Première ministre Judith Suminwa Tuluka

Dans cette nouvelle configuration, la RDC occupe une position stratégique. Le pays est présenté par Judith Suminwa comme le premier producteur mondial de cobalt et comme une grande puissance cuprifère. Le cobalt congolais entre notamment dans la fabrication des batteries, des réseaux électriques, des équipements numériques et dans plusieurs technologies indispensables à la décarbonation de l’économie mondiale.

Mais, pour Kinshasa, cette position stratégique ne peut plus justifier un modèle économique fondé essentiellement sur l’exportation des matières premières.

« Premier producteur mondial de cobalt et grande puissance du cuivre, la République démocratique du Congo se trouve au cœur de cette transformation. Le cobalt congolais contribue déjà au fonctionnement des batteries, des réseaux électriques, des équipements numériques et des technologies indispensables à la décarbonation de l’économie mondiale. Il serait à la fois injuste et dangereux que la valeur ajoutée, les emplois, les savoir-faire et les technologies demeurent concentrés loin des communautés qui rendent cette mutation possible. On ne bâtira pas une économie décarbonée avec des minerais ensanglantés. Et l’on ne rendra pas la transition juste en reproduisant, sous une couleur verte, les dépendances du passé », a fait remarquer la Première ministre Judith Suminwa Tuluka

Le message adressé par la cheffe du gouvernement congolais à la communauté internationale est également économique : la RDC veut davantage transformer ses ressources sur son propre territoire.

Cette orientation implique, selon le discours, d’accroître la transformation locale du cobalt et du cuivre, de développer les précurseurs de batteries et les composants industriels, mais aussi de renforcer la formation des ingénieurs et le soutien à la recherche scientifique.

« La République démocratique du Congo refuse donc le modèle ancien qui cantonne les pays producteurs à l’extraction brute, tandis que la transformation, la recherche, la technologie et l’essentiel des profits se concentrent ailleurs. Notre ambition est claire : nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale ; nous entendons en devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain. Nous voulons transformer davantage de cobalt et de cuivre sur notre territoire, développer les précurseurs de batteries et les composants industriels, former nos ingénieurs, soutenir nos chercheurs et intégrer nos entreprises aux chaînes de valeur mondiales », a insisté la Première ministre Judith Suminwa. 

L’objectif poursuivi, est donc de permettre aux entreprises congolaises de participer davantage aux chaînes de valeur mondiales, plutôt que de limiter le pays à l’extraction et à l’exportation des minerais. La Première ministre a également évoqué la nécessité de construire, avec les partenaires africains et internationaux, des filières régionales compétitives capables de générer des emplois, de développer les compétences et de créer davantage de valeur ajoutée en Afrique.

« Nous voulons bâtir, avec nos partenaires africains et internationaux, des filières régionales compétitives, créatrices d’emplois, de compétences et de prospérité partagée. Cette ambition nous impose d’abord d’assumer pleinement nos propres responsabilités », a souligné Judith Suminwa au nom de la RDC. 

Cette position s’inscrit dans une ligne déjà défendue par la République démocratique du Congo sur la scène internationale. À l’initiative de la RDC, alors présidente du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mois de juillet, une réunion en formule Arria a notamment été consacrée à l’évaluation du déficit normatif en matière de ressources naturelles et de paix.

À cette occasion, la République démocratique du Congo, par l’intermédiaire de la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et des Congolais de la diaspora, Thérèse Kayikwamba Wagner, avait plaidé pour une approche internationale plus cohérente afin d’empêcher que les ressources naturelles ne continuent d’alimenter les conflits et les guerres.

Cette démarche intervient dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour des minerais critiques, mais également par l’accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali. Cet accord prévoit notamment des mesures de désescalade, le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais ainsi que la neutralisation des groupes armés opérant dans l’est de la RDC, notamment les FDLR, que Kigali considère comme une menace pour sa sécurité.

Malgré ce cadre diplomatique, largement salué lors de sa signature, la situation sécuritaire demeure extrêmement fragile. Sur le terrain, le processus de Doha, conduit sous l’égide de l’État du Qatar afin de faciliter le dialogue entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, reste également confronté à d’importantes difficultés.

Clément MUAMBA


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