Une semaine après, les violences survenues lors des manifestations organisées par l’opposition le mardi 15 septembre à Kinshasa continuent de susciter des réactions dans l’environnement sociopolitique congolais. La Voix des Sans Voix pour les droits de l’homme (VSV) dénonce ce qu’elle qualifie de « répression » et d’« attaque des manifestants pacifiques ».
Selon l’organisation, « d’aucuns ont pensé que tout allait se passer sans violence », l’opposition politique ayant accepté de modifier le point de chute initialement prévu pour les manifestations, qui devait être le siège du Parlement congolais, pour le siège du parti Engagement pour la citoyenneté et le Développement (ECIDé), dirigé par l’opposant Martin Fayulu. Elle a également accepté la modification des itinéraires souhaitée par les autorités de la ville de Kinshasa.
En lieu et place de capitaliser sur cet « esprit louable de consensus » entre les différentes parties, l’organisation regrette que l’opinion publique ait été « désillusionnée » par une attaque qu’elle qualifie de « brusque et brutale » contre les manifestants, menée, selon elle, par des personnes munies de machettes et d’autres instruments entre la 10e et la 12e rue, dans la commune de Limete.
« Cette attaque a fait plusieurs blessés et causé la mort d’un cadre du parti politique Action pour la Démocratie et le Développement au Congo (ADD-Congo) de l’opposant politique Prince Epenge, en l’occurrence Monsieur Manassé Lomboto Bomengola, âgé de 23 ans et détenteur d’un diplôme d’État, alors qu’il se préparait pour aller poursuivre ses études en Europe », déplore la VSV dans un communiqué lundi.
La VSV dénonce et condamne le recours à la violence, devenue selon elle « monnaie courante » au sein de certains partis politiques, en vue d’étouffer des manifestations publiques pacifiques et d’en minimiser la mobilisation.
« La VSV condamne fermement le non-respect de la liberté de manifester à certains moments et les atteintes graves à l’intégrité physique des personnes et parfois la violation du droit à la vie qui en sont la conséquence directe ».
Elle condamne également ce qu’elle qualifie d’« interdictions illégales de manifester dans plusieurs provinces sous divers prétextes », estimant que ces mesures constituent une violation de l’article 26 de la Constitution de la République démocratique du Congo ainsi que des instruments juridiques régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme.
Toutefois, l’organisation salue la libération de dizaines de membres de partis politiques interpellés dans plusieurs provinces de la RDC, principalement dans la province du Haut-Katanga.
La VSV demande aux autorités congolaises de diligenter « une enquête réellement indépendante » sur la répression et la perturbation des manifestations du 15 septembre, afin d’identifier les auteurs, commanditaires et exécutants présumés et de permettre qu’ils répondent de leurs actes devant la justice. L’organisation demande également la prise en charge des obsèques du cadre d’ADD-Congo décédé lors des manifestations et l’indemnisation de sa famille pour les préjudices subis. Elle appelle par ailleurs les autorités à « tout mettre en œuvre pour lutter contre le recours fréquent à la violence en instrumentalisant des jeunes des partis politiques » et à condamner publiquement et solennellement les actes de violence ayant émaillé les manifestations.
Depuis sa création, la Coalition Article 64 (C64) n’a cessé de durcir le ton contre le pouvoir de Félix Tshisekedi, qu’elle accuse de vouloir changer la Constitution afin de rester au pouvoir au-delà de ses deux mandats constitutionnels. C’est dans ce contexte qu’après une série de manifestations, la C64 avait appelé les Congolais à se mobiliser le 15 septembre devant le Palais du Peuple pour dénoncer le projet de changement de la Constitution et interpeller les élus du peuple sur la nécessité d’abandonner l’examen de la proposition de loi sur le référendum, renvoyée au Parlement pour une nouvelle délibération après l’arrêt de la Cour constitutionnelle.
Clément MUAMBA