Premier et dernier ministre des Affaires étrangères de Joseph Kabila, Léonard She Okitundu a levé le voile, lundi 21 septembre 2026, sur les coulisses de la transition de janvier 2001 et des premiers pas du jeune chef de l'État sur la scène internationale. Invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'ancien chef de la diplomatie congolaise est revenu sur une période où la République démocratique du Congo, affaiblie par la guerre et pointée du doigt par ses partenaires, cherchait à sortir de sa marginalisation.
Lorsque Laurent-Désiré Kabila est assassiné en janvier 2001, Léonard She Okitundu se trouve à Yaoundé. Deux options s'offrent alors à lui : rentrer dans un pays plongé dans une « grande incertitude » ou reprendre le chemin de l'exil. « Moi, je refusais catégoriquement », affirme-t-il. Il rentre finalement à Kinshasa après un appel du nouveau président de la République en personne, qui lui demande de revenir « le plus tôt possible ».
Son maintien au gouvernement n'aurait rien d'un hasard, selon lui. Il raconte avoir été contacté par Augustin Katumba Mwanke, alors chargé de mettre sur pied la nouvelle équipe gouvernementale. Pour le poste des Affaires étrangères, un « sondage » aurait été mené auprès de plusieurs personnalités. « Toutes les personnalités que nous avons consultées sont revenues sur votre nom », lui aurait confié Katumba Mwanke, avant de lui annoncer sa reconduction, décidée avec le chef de l'État.
Le défi est alors immense. « On était en train de subir un isolement diplomatique », résume Léonard She Okitundu. Deux dossiers pèsent lourdement sur l'image de Kinshasa : la situation des droits de l'homme, qui place le pays « dans le collimateur » de la communauté internationale, et le non-respect de certains engagements envers la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Mais c'est la question des droits humains qui constitue, selon lui, la priorité absolue pour rassurer les partenaires.
Avant Washington, Paris ou Londres, la diplomatie congolaise choisit de commencer par les pays scandinaves, alors considérés comme des modèles en matière de droits humains. L'ancien ministre souligne notamment les liens de coopération anciens entre la Suède et la RDC. L'objectif était de convaincre que le nouveau pouvoir engagerait des réformes respectueuses des droits fondamentaux. La tournée se poursuit ensuite à Paris auprès de Jacques Chirac, à Londres chez Tony Blair, puis aux États-Unis auprès de George W. Bush.
Une étape à Genève s'avère également déterminante. La peine capitale figurait parmi les principaux reproches adressés à Kinshasa, en particulier par l'Union européenne. Joseph Kabila se rend alors lui-même devant la Commission des droits de l'homme des Nations unies pour y annoncer solennellement un moratoire sur son application. Un geste qui, selon Léonard She Okitundu, « a été très bien reçu » et a contribué à apaiser des relations tendues avec les partenaires occidentaux.
Interrogé sur la préparation d'un président de 29 ans face à des figures aussi expérimentées, l'ancien ministre relativise. Des notes étaient préparées par des conseillers spécialisés, comme pour tout chef d'État. Mais lors des tête-à-tête avec ses homologues, Joseph Kabila se retrouvait seul, sans conseiller.
« On n'a pas eu de problème à ce niveau-là. Malgré le jeune âge, il s'en est très bien sorti. Je n'ai pas entendu de critiques particulières contre ses prestations », assure-t-il.
Parmi ces rencontres fondatrices, c'est celle avec la France qui aurait le plus compté. Léonard She Okitundu rappelle que Jacques Chirac avait déjà œuvré à rompre l'isolement de Laurent-Désiré Kabila, notamment en le conviant à Yaoundé. Dans un contexte de rivalité entre Anglo-Saxons et Français, Paris a joué, selon lui, un rôle de « force charnière » au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, en demeurant un appui considérable pour la RDC sur la scène internationale.