RDC: faire des spectacles pour parler positivement de Goma, un des objectifs de l’humoriste Alain Esongo (Entretien)
Jeudi 24 novembre 2022 - 08:30
Alain Esongo en spectacle avec quatre autres artistes à l’IFK
Alain Esongo en spectacle avec quatre autres artistes à l’IFK/Photo ACTUALITE.CD

L’artiste humoriste gomatracien, Alain Esongo, s’est confié à ACTUALITÉ.CD, après son premier spectacle à Kinshasa à l’Institut Français, jeudi 17 novembre dernier. Lui qui a pris de la lumière ces dernières années pour être passé notamment sur la scène du parlement du rire à Abidjan (Côte d’Ivoire), il voit cette évolution comme un élément qui change le regard du monde sur la ville de Goma et sur toute la partie Est de la RDC.

Dans cet entretien, il explique également le spectacle dans lequel il a joué simultanément avec quatre (4) autres artistes humoristes, tous venus de la partie Est de la RDC et même du Burundi. Aussi, revient-il sur les structures d’humoristes à Goma et de la dynamique des jeunes à rejoindre cet art de la scène qu’est l’humour.

ACTUALITÉ.CD : Ce soir, vous étiez sur scène à l’Institut Français de Kinshasa, quel est votre ressenti après avoir fait ce spectacle ici ?

Alain Esongo : Pour moi, je suis vraiment heureux que le public ait été réceptif à notre spectacle parce que c’était un challenge. Nous venons tous de l’est. Pour nous tous, c’était la première fois devant un public kinois et je suis vraiment très content car ça s’est bien passé.

On peut dire que c’était du théâtre ou bien vous restez dans l’humour, même si la limite elle est très petite entre les deux, comment décrivez vous ce spectacle vous-même ?

Pour nous, on a essayé de faire un mélange des deux mais on était plus dans l’humour, avec une petite touche théâtrale, comme vous l’avez remarquée. On n’a pas respecté vraiment les codes du théâtre. C’est pas facile, en humour, de faire monter 5 humoristes sur scène. On ne peut pas faire un five men show directement comme ça, sans trouver une touche théâtrale et c’est ce que nous avons essayé de faire.

Dans le spectacle, vous avez balayé beaucoup de sujets d’actualité, des sujets politiques, de société etc., c’était quoi le message derrière tout ça ?

Le spectacle est inutilé Plat du jour. Le but, on veut prêcher le vivre ensemble, parce que le spectacle est composé d’artistes à la base qui viennent du Rwanda, du Burundi et de la RDC. Mais pour cette tournée, les artistes du Rwanda n’ont pas pu se libérer. Mais, on veut prêcher, montrer que nous sommes les mêmes, avec nos diversités. C’est dans ce sens là qu’on a essayé de le montrer comme un plat où chacun propose le goût qu’il aimerait manger, qu’il aimerait faire découvrir aux autres, chacun donne son plat préféré qu’il aimerait que les autres mangent et que chacun puisse apprécier comme, il apprécie.

En d’autres termes, c’est montrer nos points positifs et pousser les autres à nous apprécier pour ça. On peut avoir des côtés négatifs mais que les autres nous apprécient pour ce que nous sommes, au moins pour ce qu’on a de positif.

Le spectacle a fait plus d’une heure 30, on peut dire que ça vous a pris 5 fois plus de temps pour le préparer ?

Oui ! Ce qui était plus difficile pour tout ce spectacle, c’était d’abord la conception, l’idée et tout, mais je dirais que la préparation dépend aussi de la qualité des artistes qui sont là. Je peux vous dire que cette équipe est la plus déjantée que j’ai jamais eue.

Autre fois à Goma, après vous êtes passé au parlement du rire et aujourd’hui vous êtes à Kinshasa. Est-ce que vous avez l’impression que vous êtes exposé maintenant, et que vous êtes un artiste international plutôt qu’un artiste de Goma ?

Oui, je peux dire ça. J’ai même fait l’Africa Stand Up Festival au Cameroun. On peut dire que les portes sont en train de s’ouvrir, on commence à passer à l’international. Je viens de faire trois éditions successives du parlement du rire, ce n’est pas donné à tout le monde.

Je ne dirai pas que c’est seulement moi qui suis en train de recevoir la lumière mais c’est toute la ville de Goma, c’est toute la région parce que je me souviens, il y a deux, trois ans, quand on parlait de Goma, c’était soit pour la guerre ou pour le volcan. Mais maintenant, au moins, on peut parler de Goma aussi pour l’humour, ça fait quelque chose de bien.

L’objectif est que l’on vende notre région positivement. On veut que le monde découvre aussi ces talents qu’il y a chez nous, ce n’est pas seulement la guerre qu’on a comme talent, on a aussi d’autres talents, ce n’est pas seulement le volcan, on a de l’humour, on a des musiciens, on a de l’art, on a beaucoup de choses et c’est ce que l’on veut vendre aussi.

Comment Alain Esongo entrevoit son avenir dans l’humour ? Organiser des scènes, créer des festivals ?

L’objectif est de ramener les grands noms de l’humour sur Goma. Qu’ils viennent de la RDC ou de l’Afrique, que Goma devienne le centre de l’humour et de la comédie dans la région de grands lacs pour ne pas dire dans l’Afrique ou dans le monde, c’est ça mon objectif vraiment.

Qu’est-ce qui a déjà été fait pour ça, il y a des projets ?

Oui ! Il y a des projets. On peut dire que nous sommes la première génération qui a lancé vraiment l’humour professionnel. Avant nous, c’était la bouffonnerie. Alors, avec la première génération, on est en train de bâtir quelque chose de bien et je me dis que dans deux, trois ans, on aura vraiment déjà de bonnes plateformes pour l’humour.

Vous pouvez nous citer quelques noms ?

On a des gens comme Christian Kabwe qui vient de Beni, Henry Mubimbi, Prisca, Esther Queen, Merveille Kanze, Chrisy Kali, il y en a plein. Yannick Kitoko, on a Vianney Mbandi. Il y a vraiment une nouvelle génération d'artistes forts.

Quand je vois la nouvelle génération des gens qui viennent après nous, je me dis que si on ne fait pas attention, on risque d’être au chômage. Ça nous pousse à bosser dur. On est là à se dire qu’on est en train de faire quelque chose, mais derrière nous, il y a des jeunes qui poussent. Ça fait du bien de savoir qu’il y a des gens qui poussent, des gens qui vous prennent comme modèles et disent “nous aussi, nous pouvons faire ça”.

Est-ce que vous êtes réunis en collectif ? Comment travaillez-vous pour bosser dur ?

Pour le moment, Christian Kabwe et moi, avons une structure qui est un collège des humoristes du Kivu. L’objectif est de réunir tous les humoristes du Kivu. Je suis le manager de Goma Comedy Club qui est un groupe, un ensemble de tous les humoristes de la ville. Pour le moment, on peut compter dans les 18 humoristes dont au moins 5 femmes.

Propos recueillis par Emmanuel Kuzamba

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