Dimanche 12 juillet 2020 - 07:36

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La chronique littéraire du Prof Yoka:« Covid-19, confidences de la femme du chauffeur du Ministre »
Prof. Yoka Lye Mudaba, écrivain et DG de l'INA

14 Confidences

Confidences du chauffeur  du  Ministre :

« Covid-19 : Confidences  de  la  femme  du  chauffeur  du Ministre »

… Je reviens de loin, de très loin. C’est du moins ce que me confesse mon patron, le Ministre des Affaires  Stratégiques et Tactiques (à prononcer avec respect…). Je reviens  de loin, de très loin : c’est aussi ce qu’affirme ma femme. Elle me raconte que cette nuit-là, torride, terrible,  la fièvre soudain a électrisé tout mon corps.  Elle me dit n’avoir cru d’abord qu’à   une grippe de saison sèche. Non, jusqu’au jour où, parait-il, j’ai commencé à délirer et à faire des convulsions. Elle s’est dit : « malaria ! ». Non, jusqu’au jour où je suis tombé évanoui. Elle s’est dit : «  malaria et typhoïde », ce duo tropical et pathologique si ravageur à Kinshasa. Non, jusqu’au jour où je me suis mis  à vomir, à vomir…  Vomissures  verdâtres d’abord, puis rougeâtres.  Ensuite  vert-rougeâtres,  et  en  abondance.  Avec   comme  conséquence, la décrépitude physique générale, genre sénilité précoce, brutale : avec jambes flageolantes comme tiges de roseaux, avec   ventre gonflé comme  ballon de  baudruche enceinte, avec  cerveau  en  feu  comme électrocuté, avec respiration  soukoussée  et  en  apnée.

De son côté, mon patron de Ministre, inquiet, et soupçonnant l’irrémédiable, a fait  venir  son médecin personnel à domicile chez moi, et en toute discrétion. Entre parenthèses, le Ministre et le médecin n’ont jamais dit à personne de quoi je  souffrais vraiment, même pas à ma femme. Secret médical, secret d’Etat !  Le secret n’a pas  empêché  que ça bruisse de rumeurs alarmantes à la Radio-trottoir du quartier : « Covid-19 ! Covid-19 ! »

… Déprime de ma femme, parait-il. Au point qu’elle aurait sollicité les services sacro-saints de son pasteur. Elle me révèlera  plus tard  que ce pasteur, prophète visionnaire, aurait prédit que mon malaise n’était qu’ « un passage initiatique » ; qu’après cette épreuve, je serais « appelé à de très hautes destinées politiques » ; que   « les premiers (en l’occurrence, chuuut ! mon Ministre)  seront les derniers, et que  « les derniers  ( chuut !   en l’occurrence le chauffeur du Ministre) seront les premiers » !

Heureusement  je m’en suis tiré à bon compte, grâce essentiellement à des formules thérapeutiques tradipraticiennes : immersion à l’étouffé  sous  couverture épaisse,  dans un seau de vapeurs  surchauffées, et  contenant  des  feuilles et des décoctions de citronnier  malaxées. Mais aussi potion buvable faite du mélange de sel sauvage en bicarbonate, avec huile de ricin, avec jus de kola et  de gingembre…

… Mais ma mémoire est en lambeaux, et ne se souvient de rien. Ma femme me rappelle cependant, en toute discrétion et avec une pointe d’agacement, que pendant mes délires  paludiques, il m’arrivait de réciter plusieurs noms de femmes, toutes inconnues d’elle.

Plus grave : entre deux délires, entre deux convulsions, un même prénom  de  femme serait  revenu  plus souvent, comme une invocation suppliante, comme une obsession  presque  libidineuse…

 

 

(YOKA  Lye)

04/ 07/ 2020

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