Sans surprise, la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), marquée par l’occupation de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par la rébellion de l’AFC/M23 appuyée par le Rwanda, a été abordée par le Premier ministre rwandais, Dr Justin Nsengiyumva, lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, aux États-Unis d’Amérique, sous le thème : « Rétablir la confiance, gérer la transformation : des Nations unies au service de tous ».
Intervenant au nom de Paul Kagame à cette tribune, le chef du gouvernement rwandais a consacré une partie importante de son intervention aux causes et aux dynamiques du conflit dans l’Est de la RDC, tout en appelant à privilégier une solution politique. Dans son intervention, Justin Nsengiyumva a notamment évoqué les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), que Kigali présente depuis plusieurs années comme une menace pour sa sécurité et qu’il accuse de collaborer avec les FARDC et leurs alliés dans l’Est de la RDC.
« L’est de la RDC en est un exemple flagrant. Depuis plus de trente ans, les FDLR ont propagé une idéologie génocidaire, commis de graves exactions dans l’est de la RDC et directement menacé la sécurité du Rwanda, notamment par des attaques transfrontalières. Elles opèrent désormais aux côtés des troupes burundaises et de milices et mercenaires soutenus par la RDC, en violation de la Convention des Nations Unies de 1989 et de la Convention de l’OUA de 1977 contre le recours au mercenariat », a dénoncé Justin Nsengiyumva, Premier ministre du Rwanda.
Au-delà de la question sécuritaire, Justin Nsengiyumva a estimé que les racines de la crise congolaise sont d’abord politiques. Il a notamment évoqué les griefs anciens, l’exclusion et les défaillances de la gouvernance comme faisant partie des facteurs à prendre en compte dans la recherche d’une solution.
« Cette situation ne s’est pas installée du jour au lendemain. Les racines du conflit dans l’est de la RDC sont politiques et résident dans des griefs anciens, l’exclusion et les défaillances de la gouvernance. La solution doit donc, elle aussi, être politique », a-t-il ajouté.
Cette position conduit Kigali à soutenir les initiatives diplomatiques actuellement engagées pour tenter de mettre fin au conflit. Le Premier ministre rwandais a ainsi salué à la fois les accords conclus à Washington entre la RDC et le Rwanda et le processus de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Dans son discours, Justin Nsengiyumva a également exprimé la reconnaissance de Kigali envers les différents acteurs engagés dans les processus de médiation.
« Le Rwanda soutient pleinement les efforts diplomatiques en cours pour parvenir à une telle solution. Nous saluons les accords de Washington entre le Rwanda et la RDC, ainsi que le processus de Doha entre la RDC et l’AFC/M23, comme autant de mesures allant dans la bonne direction. Nous sommes reconnaissants des efforts inlassables du Président Donald Trump, de Son Altesse l'Émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, et du Médiateur de l'Union africaine, le Président Faure Gnassingbé du Togo, pour faire progresser ces processus. Et nous restons attachés à une région où tous les pays peuvent coexister pacifiquement, commercer et se développer ensemble », a affirmé le chef du gouvernement rwandais.
Poursuivant son plaidoyer, Kigali a appelé l’ensemble des acteurs concernés, y compris le Conseil de sécurité des Nations unies, à soutenir les efforts diplomatiques engagés et à encourager les parties à respecter leurs engagements. Pour le Premier ministre rwandais, une paix durable dans l’Est de la RDC passe par la prise en compte des causes profondes du conflit ainsi que des préoccupations des populations affectées.
« Le Rwanda appelle tous les acteurs, y compris le Conseil de sécurité, à soutenir équitablement ces mêmes efforts de paix et à encourager toutes les parties à honorer leurs engagements. Il n’y a pas de paix durable sans s’attaquer aux causes profondes du conflit et sans répondre aux préoccupations légitimes de toutes les personnes touchées », a plaidé Justin Nsengiyumva.
L’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, signé à Washington le 27 juin 2025 sous facilitation américaine, a placé la question de la neutralisation des FDLR et celle de la levée des mesures défensives du Rwanda parmi les engagements sécuritaires des deux parties. La levée des mesures défensives implique notamment, selon la lecture défendue par Kinshasa, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
Le nouveau protocole relatif au désarmement, à la démobilisation et au cantonnement des FDLR annoncé par Kinshasa est toutefois contesté par Kigali. Les autorités rwandaises estiment que cette démarche n’est pas conforme aux dispositions de l’accord de Washington. Kigali a qualifié cette initiative de « non-événement » et accusé Kinshasa de ne pas respecter ses engagements.
Kinshasa défend, pour sa part, une lecture différente de la démarche. Pour les autorités congolaises, la neutralisation effective des FDLR doit notamment permettre de priver Kigali de l’argument lié à la présence de ce groupe armé pour justifier le maintien de ses forces sur le territoire congolais.
Cette initiative intervient dans un contexte où deux engagements clés de l’accord de Washington, la neutralisation des FDLR par le gouvernement congolais et la levée des mesures défensives du Rwanda, impliquant le retrait de ses forces du territoire congolais n’ont, selon Kinshasa, pas enregistré d’avancées suffisantes, plus d’un an après la signature de l’accord. Washington, par l’entremise de Massad Boulos, conseiller de l’administration Trump pour les affaires africaines, avait également évoqué les difficultés liées à la mise en œuvre des engagements pris par les deux parties et appelé Kinshasa et Kigali à respecter les dispositions de l’accord.
Malgré la signature de l’accord de Washington, la situation demeure marquée par des divergences persistantes entre les deux parties, notamment sur l’interprétation et la mise en œuvre de leurs engagements respectifs. La poursuite des hostilités sur le terrain, les accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et les divergences d’interprétation des engagements pris par Kinshasa et Kigali compliquent davantage l’application de l’accord et entretiennent la méfiance entre les deux pays
Clément MUAMBA