L'ampleur des irrégularités dans la sous-traitance minière dépasse largement ce que laissaient croire les chiffres officiels. Invité mardi 20 octobre du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le directeur général de l'Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), Ted Beleshayi Kasanda, a révélé les premiers résultats de ses contrôles. Sur un marché d'environ 20 milliards de dollars, la quasi-totalité aurait été versée à des sociétés inéligibles. « C'est hallucinant », a-t-il lâché.
Quatorze sociétés minières, l'essentiel du marché
Les contrôles n'ont porté jusqu'ici que sur 14 sociétés minières, a insisté le DG. Mais ces entreprises appartiennent aux principaux groupes du secteur. Ted Beleshayi a notamment cité Glencore, avec KCC et Mutanda Mining, Ivanhoe Mines, avec Kamoa Copper, Sicomine, liée à l'État chinois, et CMOC, avec TFM et KFM. Selon lui, ces groupes concentrent à eux seuls 80 à 90 % du chiffre d'affaires de la sous-traitance en RDC.
Les contrôles couvrent la période de 2020 à 2025. Certaines sociétés, déjà contrôlées auparavant, n'ont été examinées que sur un an, deux ans, voire six mois.
Pas même la peine de trouver un prête-nom
Le constat est d'autant plus frappant que l'ARSP s'en est tenue à une simple analyse documentaire. Ses équipes ont rapproché la base des sociétés titulaires d'une attestation et les listes de fournisseurs transmises par les entreprises principales. Résultat : la majorité des sous-traitants payés ne détenaient même pas l'attestation exigée par la loi.
« Ils ne se sont même pas donné la peine de trouver un prête-nom pour aller chercher l'attestation », a déploré le DG. L'ARSP n'a pas encore enquêté sur les véritables propriétaires et actionnaires de ces sociétés. Pour Ted Beleshayi, ces pratiques traduisent « une volonté de narguer l'État ».
Des déclarations « pas du tout fiables »
Ces révélations contrastent avec les données déclaratives de 2025, selon lesquelles 83 % des 3,7 milliards de dollars de contrats déclarés étaient allés à des sociétés congolaises. Le DG a levé l'ambiguïté sans détour : « Les déclarations ne sont pas du tout fiables. » C'est précisément pour cette raison que l'ARSP mène des contrôles a posteriori, à partir des livres comptables des entreprises.
L'autorité manque toutefois d'outils pour aller plus loin. La loi impose que les paiements de sous-traitance passent par les banques, justement pour permettre des recoupements. Mais les banques résistent, a regretté Ted Beleshayi : elles peinent à répondre aux demandes de l'ARSP. Sans ces relevés bancaires, l'ARSP ne peut pas confronter les livres comptables des entreprises à une source indépendante.
Soixante inspecteurs pour treize secteurs
Interrogé sur le faible nombre de sociétés contrôlées en 100 jours, le DG a invoqué l'immensité de la tâche. Toutes les entreprises principales du secteur économique relèvent de son contrôle, réparties sur treize secteurs, au-delà des seules mines. À son arrivée, il disposait d'une soixantaine d'inspecteurs, dont beaucoup n'avaient pas le profil pour lire des états financiers. Il a lancé un recrutement interne pour renforcer ses équipes. L'ARSP entend lancer le contrôle de l'ensemble du secteur économique, mais Ted Beleshayi prévient que cela prendra du temps.
Complicités ? Le DG ne se prononce pas
Ces pratiques durent depuis au moins 2020. Comment ont-elles pu échapper si longtemps à l'ARSP ? Y a-t-il eu des complicités internes ? « Là, je ne sais pas vous dire », a répondu le DG, qui dit s'en tenir à ce qu'il a constaté.