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Est de la RDC: malgré le changement de dénomination de l’AFC/M23, Washington réclame à la rébellion et à Kinshasa la finalisation des protocoles de Doha

Déclaration de principe entre la RDC et le M23 à Doha

En dépit du changement de dénomination de l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) en Front pour la refondation de la nation (FRN), les accusations mutuelles  des violations du cessez-le-feu et des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques entreprises en vue de la résolution de la crise sécuritaire dans l’Est du pays se poursuivent entre ce mouvement et Kinshasa.

Si d’aucuns pensaient que le changement de dénomination allait annuler les différents engagements pris par ce mouvement rebelle dans le cadre du processus de Doha ou remettre tout à zéro, rien de tel. Alors que les hostilités se poursuivent sur le terrain, les États-Unis ont appelé les deux parties à tirer profit des avancées déjà enregistrées dans le cadre du processus de Doha sous l’égide de l’État du Qatar, pour finaliser les différents protocoles contenus dans l’accord-cadre signé par les deux parties. L’appel à été lancé lors de la session du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs, avec un accent particulier sur la situation en RDC.

« Nous remercions le Qatar pour sa facilitation continue et exhortons la RDC et l’AFC/M23, par le biais de leur alliance nouvellement rebaptisée Front pour la refondation de la nation, à tirer parti des progrès réalisés en Suisse pour conclure les protocoles de Doha restants. Nous saluons la médiation de l’Union africaine sous l’égide du président togolais Gnassingbé et les contributions de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Une étroite coordination entre ces efforts et avec les processus de Washington et de Doha demeure essentielle », a déclaré, mardi 13 octobre 2026, l’ambassadeur Jeffrey Bartos, représentant des États-Unis pour la gestion et la réforme des Nations unies.

L’ambassadeur Jeffrey Bartos a également évoqué les récentes missions de vérification du cessez-le-feu menées dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tout en saluant l’appui de la MONUSCO dans la réalisation de ces missions.

« Les premières missions du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (MCVR+) à Minembwe (Sud-Kivu) et à Masisi (Nord-Kivu) démontrent comment une vérification impartiale peut aider la RDC et l’AFC/M23 à enquêter sur les violations présumées et à régler les différends. Nous saluons le soutien opérationnel essentiel de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et exhortons les parties à faciliter rapidement la tenue de nouvelles missions ».

À cela s’ajoute la récente libération, par Kinshasa, de détenus affiliés à la rébellion. Selon l’administration Trump, le respect des engagements entre les parties en conflit peut contribuer à la restauration de la confiance.

« Le transfert par la RDC de 15 détenus à l’AFC/M23 dans le cadre du protocole d’échange de prisonniers est une mesure de confiance bienvenue. Le respect constant de ces engagements peut instaurer la confiance nécessaire à des progrès à la table des négociations », a affirmé l’ambassadeur Jeffrey Bartos.

Dans un communiqué, le FRN a souligné qu’il « succède de plein droit et reprend l’intégralité des droits, obligations et engagements de cette dernière [AFC/M23], notamment ceux souscrits dans le cadre des négociations de Doha ».

Cette nouvelle demande des États-Unis intervient alors que les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de stabiliser l’Est de la RDC et de parvenir à une issue politique durable au conflit, mais aussi dans un contexte où la rébellion vient de changer de dénomination, avec à sa tête l’ancien chef de l’État Joseph Kabila Kabange. Ceux qui étaient auparavant à la tête de l’AFC/M23 occupent désormais des postes de vice-présidents, tandis que d’autres siègent au Secrétariat général et à d’autres postes.

Le 15 novembre 2025, Kinshasa et le M23, soutenu par le Rwanda, avaient signé à Doha, sous l’égide de l’État du Qatar, une feuille de route devant ouvrir la voie à un accord de paix dans l’Est de la RDC. Ce texte, soutenu par Washington, le Qatar et l’Union africaine, fixait huit protocoles à négocier en urgence.

L’accord-cadre repose sur huit protocoles thématiques, considérés comme un condensé des principales problématiques au cœur de la crise : (1) le mécanisme de libération des prisonniers, signé le 14 septembre 2025 ; (2) le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, signé le 14 octobre 2025 ; (3) l’accès humanitaire et la protection judiciaire ; (4) la restauration de l’autorité de l’État, les réformes institutionnelles et la gouvernance participative ; (5) les arrangements sécuritaires intérimaires ainsi que le DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion) ; (6) les questions liées à l’identité, à la citoyenneté, au retour et à la réinstallation des réfugiés et des déplacés ; (7) la relance économique et la réhabilitation des services sociaux de base ; (8) la justice, la vérité et la réconciliation

Si deux protocoles ont déjà été signés sans être convenablement exécutés, les six autres, qui devraient faire l’objet de discussions techniques afin d’en définir les modalités précises d’exécution, les échéances et les engagements réciproques des parties signataires, restent jusqu’à ce jour au point mort. En dépit des rencontres d’évaluation qui se sont succédé de Doha à Montreux, aucune avancée concrète n’a encore été enregistrée, une situation qui favorise davantage la poursuite des hostilités sur le terrain.

Clément MUAMBA