L’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la région des Grands Lacs, Huang Xia a présenté les pistes de solutions qui, selon lui, permettraient de réduire l’écart « manifeste » entre les avancées obtenues grâce aux efforts diplomatiques et la situation sur le terrain, marquée par la poursuite des hostilités entre les différentes parties au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Il s’exprimait lors d’une session du Conseil de sécurité des Nations Unies consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs.
À cette occasion, sous la présidence de la Grèce, Huang Xia a formulé quatre observations concernant les domaines dans lesquels l’attention soutenue du Conseil de sécurité de l’ONU pourrait encore faire la différence. Premièrement, il a souligné l’importance de renforcer le rôle stratégique de l’Union africaine (UA). Selon lui, grâce aux efforts soutenus des médiateurs, les différentes initiatives de facilitation et de médiation sont de plus en plus alignées.
« La priorité est dès lors de confier à l’Union africaine un rôle plus substantiel, tant dans l’orientation des négociations que dans l’accompagnement de la mise en œuvre des engagements convenus. Une telle implication accrue pourrait fournir un cap commun fondé sur l’expertise et la mémoire institutionnelle des processus précédents, ainsi que sur une vision africaine partagée de la paix durable, et contribuer à faire converger davantage les différentes initiatives », a-t-il déclaré lors de son intervention devant le Conseil de sécurité de l’ONU.
Deuxièmement, le diplomate onusien a plaidé pour des processus de paix plus inclusifs. Selon le représentant du Secrétaire général de l’ONU dans la région des Grands Lacs, une paix durable exige d’aller au-delà de la simple participation des femmes afin de garantir leur influence réelle sur les décisions. Il a précisé que tel était le message sans équivoque ressorti de la réunion de haut niveau du 21 septembre 2026.
Pour Huang Xia, cela implique de veiller collectivement à ce que les points de vue de la société civile, notamment ceux des femmes et des jeunes, soient intégrés à toutes les étapes du processus, depuis la préparation et la conduite des négociations jusqu’aux mécanismes de mise en œuvre, de vérification et de suivi des accords.
Troisièmement, il a insisté sur la nécessité de poursuivre sans relâche les efforts de désescalade et les mesures de confiance. Dans un contexte de méfiance persistante, le rétablissement de la confiance entre les dirigeants, les pays et les communautés demeure, selon lui, un élément essentiel à la réussite des processus de paix.
« C’est à cet égard que la médiation de l’Union africaine a un rôle important à jouer, en complément des processus de Washington et de Doha. Pour ma part, je continuerai à appuyer sans relâche les initiatives de renforcement de la confiance, tant au niveau politique qu’à travers des initiatives concrètes visant à favoriser la coopération régionale », a-t-il fait remarquer dans son discours.
Quatrièmement, Huang Xia a rappelé qu’une paix durable nécessitera de s’attaquer aux dynamiques économiques et structurelles du conflit. À cet égard, il a souligné l’importance de renforcer l’initiative régionale de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, ainsi que son principal instrument, le Mécanisme régional de certification. L’objectif est d’accroître la transparence, la traçabilité et la redevabilité au sein des chaînes de valeur des minerais. Selon lui, la finalisation prochaine de la réforme de ce mécanisme constituera une étape importante dans cette direction.
Par ailleurs, Huang Xia a indiqué que toutes ces priorités devaient s’inscrire dans une vision stratégique à long terme, afin de s’attaquer durablement aux causes profondes de l’instabilité dans la région des Grands Lacs. À l’en croire, cette vision est portée par l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, principal instrument régional destiné à traiter les causes profondes du conflit. Pour lui, cet accord incarne une ambition stratégique et collective en faveur de la paix et de la coopération régionales.
« Le processus de sa revitalisation doit donc être mené à son terme et porté par une détermination renouvelée de la part des pays signataires. L’appui à ce processus continuera de figurer au cœur de l’action de mon bureau, qui demeurera pleinement engagé aux côtés des États de la région et de ses partenaires afin d’en soutenir la mise en œuvre effective », a-t-il affirmé.
En même temps, l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU dans la région des Grands Lacs a souligné l’urgence de transformer les engagements diplomatiques en résultats vérifiables.
« Permettez-moi d’insister sur l’urgence de saisir la fenêtre d’opportunité que nous offre actuellement l’alignement accru des efforts de paix. Pareilles fenêtres ne restent pas ouvertes indéfiniment. J’exhorte donc toutes les parties à transformer les engagements en actions vérifiables et à privilégier la confiance construite par les acquis plutôt que par les déclarations », a plaidé le diplomate onusien lors de son intervention.
Alors que la crise perdure et que les affrontements se poursuivent malgré la conclusion des accords de Washington entre Kinshasa et Kigali, sous les auspices des États-Unis, ainsi que le lancement du processus de Doha, destiné à traiter le conflit entre Kinshasa et l’AFC/M23, les appels à la retenue et au respect des engagements pris se multiplient aux niveaux national, régional et international.
Les différentes parties sont régulièrement invitées à appliquer les dispositions convenues dans le cadre de ces initiatives de paix. Cependant, ces exhortations n’ont pas encore produit d’effets significatifs sur le terrain. Cette situation ravive les interrogations sur le fossé qui persiste entre les avancées enregistrées dans les discussions diplomatiques et la réalité sécuritaire dans les zones de conflit. La réduction de cet écart demeure un défi majeur pour les acteurs engagés dans la recherche d’une solution durable à la crise.
Chaque partie continue de défendre sa propre interprétation des engagements contenus dans les accords de Washington, ce qui complique davantage leur application et entretient les incertitudes quant à leur mise en œuvre effective.
Clément MUAMBA