Médecins Sans Frontières (MSF) et Epicentre ont déjà vacciné 857 personnes sur les 20 000 travailleurs de première ligne ciblés en Ituri et au Nord-Kivu dans le cadre de l’étude BRAVO, lancée le 19 septembre 2026 à Bunia. Cette recherche vise à évaluer l’efficacité potentielle du vaccin ERVEBO contre la souche Bundibugyo du virus Ebola, responsable de l’épidémie en cours en République démocratique du Congo (RDC).
L’étude BRAVO, conduite par Médecins Sans Frontières (MSF) et Epicentre, son centre de recherche en épidémiologie, s’inscrit dans la recherche de moyens supplémentaires pour protéger les personnels les plus exposés au virus Ebola. Les premiers chiffres de vaccination ont été présentés par le Dr Youssouf Kaboré, investigateur du site de Bunia, lors d’un café de presse organisé au bureau de MSF Suisse au Beau Marché non loin de l'aéroport National Murongo de Bunia
Menée en collaboration avec le ministère de la Santé, Africa CDC, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et plusieurs partenaires scientifiques, cette recherche doit permettre de déterminer si ERVEBO peut offrir une protection contre la souche Bundibugyo dans les conditions réelles de l’épidémie.
L’enjeu scientifique tient au fait qu’ERVEBO est homologué contre la souche Zaïre du virus Ebola, mais pas contre la souche Bundibugyo à l’origine de l’épidémie actuelle. Des données préliminaires laissent toutefois envisager une protection potentielle, qui reste à démontrer.
«Bien qu’ERVEBO n’ait pas été initialement développé pour protéger contre Bundibugyo, certaines données préliminaires suggèrent qu’il pourrait offrir un degré de protection contre ce virus», explique Guyguy Manangama, médecin épidémiologiste et directeur adjoint des opérations de MSF.
L’objectif est notamment de déterminer si cette protection éventuelle peut contribuer à réduire les formes graves de la maladie et les décès parmi les personnes les plus exposées. En attendant des résultats concluants, MSF souligne que la vaccination dans le cadre de cette recherche ne constitue pas une réponse vaccinale spécifique déjà validée contre la souche Bundibugyo.
La recherche concerne notamment les professionnels de santé, les équipes de recherche des contacts, les hygiénistes, les ambulanciers et les agents chargés des enterrements dignes et sécurisés. Ces catégories de travailleurs sont particulièrement exposées en raison de leur implication dans les activités de prise en charge des malades et de riposte à l’épidémie.
Selon le Dr Youssouf Kaboré, les personnes éligibles reçoivent des explications sur les objectifs et les modalités de la recherche avant de donner leur consentement éclairé. La participation est volontaire. Il est également possible d’accepter le suivi prévu par l’étude sans consentir à la vaccination.
Le protocole prévoit une comparaison entre les participants vaccinés et ceux qui ne le sont pas. Les équipes recueillent régulièrement des données sur leur état de santé, les éventuelles hospitalisations et les autres événements médicaux. Cette comparaison doit contribuer à mesurer l’efficacité potentielle du vaccin.
Après l’injection, les participants sont observés pendant 15 minutes et informés des effets secondaires possibles, notamment la fièvre, la fatigue et les douleurs au point d’injection. Le suivi s’étend sur au moins six mois. Pour les femmes enceintes incluses dans la recherche, il est prolongé jusqu’à l’accouchement.
Lancée au centre de formation des personnels de santé géré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Bunia, l’étude doit se poursuivre sur une période de neuf à douze mois. Le calendrier prévoit environ trois mois pour la vaccination, suivis d’au moins six mois de suivi des participants, en Ituri et au Nord-Kivu.
Pour MSF, ERVEBO est envisagé comme une mesure de protection complémentaire, dans l’attente de vaccins spécifiquement adaptés à la souche Bundibugyo, qui sont encore en développement. L’organisation rappelle que cette démarche ne dispense pas les travailleurs de première ligne du respect strict des mesures de prévention et de contrôle des infections.
«Il est important de souligner que ce vaccin ne mettra pas fin à l’épidémie en cours», rappelle Guyguy Manangama, tout en soulignant son potentiel à renforcer la protection des personnels les plus exposés.
Le port des équipements de protection, le respect des procédures de soins sécurisées et le signalement rapide des symptômes demeurent donc essentiels. Les résultats de BRAVO devront apporter des données scientifiques permettant de mieux apprécier la place que pourrait occuper ERVEBO dans la protection contre la souche Bundibugyo.
Freddy Upar, à Bunia