Invité mercredi au Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le coauteur de « Du changement de la Constitution » a appelé à sortir de l'opposition entre partisans et adversaires du changement. Selon lui, il faut d'abord définir un projet national avant de choisir l'architecture constitutionnelle.
Pour Dandy A. Matata, le débat sur la Constitution est d'abord mal posé. Le chercheur intervenait mercredi 7 octobre lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala sur X, aux côtés de son coauteur Jean-Paul K. Tsasa. Il y a défendu leur ouvrage, cosigné avec Serge M. Maabe.
À la question de savoir si leur livre est « vraiment neutre », il a répondu sans détour. L'ouvrage s'inscrit, selon lui, dans « une démarche essentiellement froide, éloignée de toute forme d'approche partisane ou d'émotion ». C'est ce qui justifie, a-t-il ajouté, qu'il propose « une réflexion froide ».
« Changer ou ne pas changer, ce sont des réponses, pas des questions »
Interrogé si le fait que la Constitution de 2006 soit née d'un partage du pouvoir entre belligérants suffisait à justifier de la changer, alors qu'elle a été adoptée par référendum, Dandy Matata n'a pas tranché. Il a préféré remettre en cause la manière dont la question est posée dans le débat public.
Leur réflexion vise, selon lui, à se départir du « piège » qui consiste à « polariser le débat entre pour et contre, oui ou non, changement ou pas changement ». Il juge cette polarisation « assez dangereuse ». Elle priverait la discussion « de la hauteur et du recul dont elle a besoin » sur une question qui « dépasse les convictions politiques » et même « l'analyse juridique ». Il la décrit comme une question « éminemment sociale » et « éminemment citoyenne ».
L'ambition du livre, a-t-il expliqué, est de « déplacer le centre de gravité du débat » vers une approche « plus holistique ». « Changer ou pas changer, ce sont plutôt des réponses et non des questions », a-t-il affirmé. « Nous avons de très belles réponses : maintenir, changer ou réviser. Mais on ne s'est pas posé la question de savoir à quelles questions ces réponses sont censées répondre, quels sont les problèmes qu'elles sont censées résoudre. »
Pour lui, le débat tel qu'il est posé aujourd'hui « souffre d'une myopie analytique et d'une polarisation idéologique » qui l'appauvrit.
D'abord un projet, ensuite une Constitution
Invité à dire ce qu'il faut retenir de l'ouvrage, Dandy Matata a ensuite résumé leur thèse. Avant de se demander s'il faut changer, maintenir ou réviser la Constitution, « il importe de savoir quel est le projet qu'on défend ».
« Il faudrait commencer par bâtir un projet, construire une vision collective, une ambition commune, a-t-il insisté. Ensuite seulement, on peut s'interroger sur l'architecture constitutionnelle la mieux à même de nous permettre de réaliser cet objectif. » Pour les auteurs, cet objectif est clair : « la convergence vers un État stratège ».
Trois options, un préalable
Le livre développe cette idée. Il examine trois trajectoires possibles : maintenir le texte de 2006 en améliorant son application, réviser certaines dispositions de manière ciblée, refonder entièrement le pacte constitutionnel.
Pour les auteurs, aucune de ces options ne doit être choisie avant un diagnostic rigoureux des problèmes du pays. L'« État stratège » qu'ils défendent est décrit comme un État capable de fixer des priorités de long terme, de coordonner l'action publique et de préserver ses orientations au-delà des alternances politiques.
L'ouvrage revient aussi sur les conditions de naissance de la Constitution de 2006, issue de la transition de l'Accord global et inclusif de Pretoria. Les auteurs reconnaissent pleinement la validité juridique de ce processus. Ils s'interrogent toutefois sur le degré d'appropriation populaire du texte lors de son adoption.