À l'occasion de la Journée nationale du GENOCOST, célébrée ce dimanche 2 août 2026 en République démocratique du Congo ainsi que dans les missions diplomatiques congolaises à travers le monde, le coordonnateur exécutif de la Commission interinstitutionnelle d'aide aux victimes et d'appui aux réformes (CIA-VAR), François Kakese, a dressé le bilan des avancées enregistrées dans la mise en œuvre de la politique nationale de mémoire, de justice transitionnelle, de réparation et de plaidoyer international.
La cérémonie officielle, organisée au Mémorial du GENOCOST à Kinshasa, s'est déroulée en présence du président de la République, Félix Tshisekedi, des responsables des institutions de la République, des membres du Gouvernement, du corps diplomatique ainsi que de nombreuses autres personnalités. Prenant la parole, François Kakese a indiqué que la CIA-VAR franchissait une nouvelle étape de son action.
Selon lui, les progrès réalisés traduisent la volonté des autorités congolaises de structurer une politique publique cohérente autour du devoir de mémoire, de la recherche de la vérité, de la justice, des réparations et de la prévention de la répétition des crimes internationaux.
« Cette année marque une étape importante pour la CIA-VAR : celle du passage de la mise en place des fondements à la consolidation de l'action. La mémoire s'est transformée en action. Le narratif national s'est enrichi d'un argumentaire partagé. Les réformes se sont approfondies. Les réparations sont entrées dans une phase de maturation opérationnelle et la voix des victimes a gagné en force dans les enceintes internationales. C'est de cette démarche, de ces avancées, de ces défis et des perspectives ouvertes par vos orientations que je souhaite vous entretenir aujourd'hui », a déclaré François Kakese dans son discours, en s'adressant au président Félix Tshisekedi.
Le GENOCOST bientôt enseigné dans les écoles
Parmi les principales avancées, le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR a annoncé l'intégration progressive du GENOCOST dans le système éducatif congolais, grâce au travail mené avec les ministères de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur et universitaire. François Kakese a révélé qu'à partir de la prochaine rentrée scolaire, le GENOCOST sera débattu dans les clubs de veille citoyenne des établissements scolaires.
« Au cours de l'année écoulée, des avancées significatives ont été enregistrées. Après la consolidation du narratif national et l'élaboration d'un argumentaire historique, juridique et mémoriel partagé, l'accent a été mis sur l'ancrage durable de cette mémoire, car une mémoire qui ne se transmet pas finit par s'effacer. Et une mémoire qui s'efface ouvre la voie à l'erreur et à la répétition. L'éducation, premier rempart contre l'oubli, a particulièrement retenu notre attention. Un travail important a été mené avec le ministère de l'Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté ainsi qu'avec le ministère de l'Enseignement supérieur et universitaire et de la Recherche scientifique », a-t-il fait savoir dans son discours.
Et de poursuivre :
« Du côté de l'Éducation nationale, des sessions de formation des formateurs ont été organisées et des outils pédagogiques développés afin d'intégrer progressivement le GENOCOST dans les programmes du primaire et du secondaire. C'est avec joie que je voudrais annoncer que, dès la prochaine rentrée scolaire, cet important sujet du GENOCOST sera débattu dans les clubs de veille citoyenne, une étape historique dans son appropriation par notre jeunesse. »
Un master en justice transitionnelle et un fonds de recherche
Au niveau de l'Enseignement supérieur et universitaire ainsi que de la Recherche scientifique, la CIA-VAR a annoncé la création prochaine d'un master spécialisé en justice transitionnelle ainsi que du Fonds de soutien à la recherche consacrée au GENOCOST et au génocide (FOSARE). Selon François Kakese, cette initiative permettra de renforcer la recherche scientifique, la documentation des faits et l'émergence d'une expertise nationale sur les crimes internationaux commis en RDC.
« Au niveau de l'Enseignement supérieur et universitaire, deux initiatives complémentaires méritent d'être soulignées : la mise en place d'un master spécialisé en justice transitionnelle et la création du Fonds de soutien à la recherche consacrée au GENOCOST et au génocide, le FOSARE, qui appuiera la recherche scientifique, renforcera la documentation des faits et favorisera l'émergence d'une expertise nationale dès la prochaine rentrée académique. Plusieurs espaces de dialogue ont, par ailleurs, réuni la société civile, les chercheurs, les organisations de victimes et le corps diplomatique accrédité, consolidant le narratif national et les convergences autour de la stratégie de mémoire et de plaidoyer », a-t-il déclaré.
Poursuivant son intervention, François Kakese a évoqué parmi les initiatives les plus structurantes la création du Musée national du GENOCOST, un projet qui, selon lui, dépasse largement la construction d'une infrastructure culturelle. Il a affirmé que ce musée racontera l'histoire des crimes commis et préservera la mémoire de celles et ceux qui en ont souffert. Il recueillera la parole des survivants, aidera les chercheurs à mieux documenter les faits et permettra aux jeunes générations de comprendre ce passé afin de mieux construire l'avenir.
« Ce sera un lieu où les victimes pourront être honorées, où les écoles trouveront les repères nécessaires pour enseigner cette histoire et ne jamais laisser l'oubli effacer la vérité. Car lorsque la mémoire devient une institution, elle cesse d'être seulement un devoir moral. Elle acquiert la capacité de traverser le temps, de résister à l'oubli et de parler aux générations futures. Ces avancées dans le domaine de la mémoire s'inscrivent dans un mouvement beaucoup plus large : la construction progressive d'un système national de justice transitionnelle, une démarche globale par laquelle une société restaure la dignité des victimes, établit la vérité, lutte contre l'impunité, répare les préjudices subis et prévient leur répétition », a indiqué le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR.
Bien au-delà d'un simple ensemble de mécanismes juridiques, a-t-il fait remarquer, la CIA-VAR assure la coordination technique des travaux, des réformes et des évaluations destinés à consolider cette architecture nationale. À ce titre, plusieurs avancées ont été enregistrées récemment, renforçant le cadre juridique et opérationnel du pilier de la réparation. Parmi celles-ci figurent l'adoption des mesures d'application de la loi n° 22-065 du 26 décembre 2022, la mise en place des mécanismes de gouvernance des réparations ainsi que l'élaboration de la liste unique consolidée des victimes, préalable à leur identification et à leur réparation.
D'après François Kakese, d'importants travaux législatifs ont, par ailleurs, été menés afin de compléter le dispositif normatif de la justice transitionnelle à travers deux projets majeurs actuellement soumis au Parlement.
« Le premier porte sur les principes fondamentaux de la justice transitionnelle en République démocratique du Congo. Le second vise à adapter l'organisation judiciaire nationale aux exigences contemporaines de lutte contre l'impunité et de poursuite des crimes internationaux les plus graves. Ils traduisent un impératif essentiel : les réparations ne produiront leurs effets que si elles s'accompagnent de mécanismes crédibles de vérité, de justice et de garanties de non-répétition », a fait savoir François Kakese.
Dans le prolongement des orientations du président de la République et des recommandations issues de la table ronde sur l'appropriation collective du GENOCOST, il a révélé qu'une réforme majeure est également engagée afin de doter la RDC d'un cadre juridique consacré à la protection du patrimoine mémoriel national, garantissant la préservation des sites de mémoire, des archives, des témoignages et des symboles liés aux crimes internationaux commis sur le territoire national.
« Cet ensemble participe à l'édification progressive d'un système intégré dans lequel la mémoire, la justice, la réparation et les réformes se renforcent mutuellement au service d'un même objectif : restaurer la confiance et consolider durablement l'État de droit », a affirmé François Kakese dans son intervention.
La date du 2 août, qui marque le début de la deuxième guerre du Congo en 1998, a été retenue comme Journée nationale de commémoration des victimes des violences massives ayant endeuillé le pays depuis plus de trois décennies, ainsi que d’hommage à celles et ceux qui leur ont porté assistance. Cette consécration tire son fondement de l’article 28 de la loi du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits ainsi que des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
Rappelons que la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ainsi que le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV) ont été institués par cette même loi de décembre 2022. Ces deux institutions demeurent aujourd’hui des acteurs majeurs dans la mise en œuvre de cette politique de mémoire, de réparation et de justice transitionnelle.
Clément MUAMBA