Alors que l’attention internationale reste largement concentrée sur la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), une autre urgence progresse silencieusement : la recrudescence des épidémies. Depuis le début de l’année 2025, la rougeole et le choléra connaissent une nouvelle flambée dans plusieurs provinces du pays, mettant à rude épreuve un système de santé déjà fragilisé par le manque de ressources.
Selon le rapport 2025 de Médecins Sans Frontières (MSF), rendu public vendredi 24 juillet 2026 à Kinshasa, capitale de la RDC, ces épidémies évoluent dans un contexte particulièrement préoccupant, marqué par une diminution des financements humanitaires, des pénuries de vaccins et d’importantes difficultés logistiques liées à l’insécurité.
Si le pays a déjà connu par le passé des épidémies plus vastes, souligne le rapport de MSF, le manque criant de ressources et de vaccins pour y répondre aujourd’hui, ainsi que les difficultés logistiques et sécuritaires dans l’Est du pays, rendent la situation particulièrement complexe et inquiétante.
« La RDC fait face à des ruptures fréquentes de plusieurs vaccins, dont ceux contre la rougeole et le choléra. Une pénurie de vaccins contre la rougeole est même à craindre pour les vaccinations de routine. Partout, nos équipes font face au même constat : tout manque. Et les foyers épidémiques se multiplient » s’inquiète MSF dans son rapport annuel 2025.
À Lomera, dans le Sud-Kivu, la vaccination d’urgence mise en place pour faire face à la flambée de choléra n’a pas permis d’administrer une dose de vaccin à chaque personne, faute de stocks suffisants. Et ce, alors que deux doses sont nécessaires pour une protection optimale.
Au premier semestre 2025, plus de 20 interventions d’urgence ont été déployées par MSF pour soutenir le ministère de la Santé face aux flambées épidémiques. Du Nord- et Sud-Kivu à l’Ituri, du Nord-Ubangi au Maniema, du Sankuru à la Tshopo et au Grand Katanga, ces interventions ont permis de vacciner plus de 437 000 enfants contre la rougeole et de soigner plus de 5 430 patients atteints par la maladie.
En parallèle, près de 12 800 patients ont été pris en charge pour le choléra et plus de 11 000 personnes vaccinées contre cette maladie. Mais les conditions dans lesquelles se déroulent ces réponses sont souvent loin d’être optimales et se heurtent à des difficultés majeures pour interrompre les chaînes de transmission.
« À Businga, dans le Nord-Ubangi, la zone de santé faisait face à la fois à un manque criant de vaccins contre la rougeole et à l’absence d’électricité, indispensable pour réfrigérer les vaccins. Nous avons donc dû tout mettre en œuvre pour garantir la chaîne du froid et transporter les vaccins dans des aires parfois situées à plus de 180 km du bureau central de la zone. Les autorités locales ne disposaient pas de la logistique nécessaire : motos, pirogues, canots rapides… », explique le document.
À Lomera, le manque de vaccins contre le choléra s’accompagne de conditions d’hygiène particulièrement favorables à la propagation de la maladie.
« Sans investissements durables dans l’accès à l’eau potable et la mise en place d’un système efficace de gestion des déchets, le choléra continuera de faire des ravages », poursuit la source.
L’insécurité, facteur aggravant des épidémies
Malheureusement, note le rapport de MSF, la multiplication des foyers épidémiques est également aggravée par l’insécurité et les combats dans l’Est du pays, qui rendent l’acheminement des vaccins et des intrants extrêmement complexe.
À Bambo et Masisi, au Nord-Kivu, des campagnes de vaccination appuyées par MSF ont ainsi été retardées en raison des affrontements. Mais la situation sécuritaire dans l’Est n’affecte pas uniquement les zones directement touchées par les combats.
Depuis plusieurs mois, la fermeture des aéroports de Bukavu et de Goma bloque la principale voie d’acheminement des vaccins vers l’Est du pays. Résultat : les stocks habituellement transportés par avion depuis Kinshasa se sont rapidement épuisés.
Des initiatives ont été mises en place par les autorités et des agences des Nations Unies afin de reconstituer les stocks, mais leur acheminement nécessite des moyens logistiques et financiers beaucoup plus importants, alors que les financements humanitaires mondiaux enregistrent de fortes réductions. Une situation qui fait planer de sérieuses inquiétudes pour la suite de la réponse en RDC.
« La situation épidémiologique, couplée à ces coupes budgétaires internationales, est très inquiétante. Nous appelons les autorités politico-administratives et les partenaires internationaux à faire le maximum pour réduire les risques d’aggravation, notamment en rouvrant les aéroports de Goma et de Bukavu et en garantissant la sécurité des mouvements aériens et terrestres. C’est une urgence de premier ordre pour répondre efficacement aux multiples crises qui frappent actuellement le pays », note MSF.
La publication de ce rapport intervient dans un contexte où la crise dans l’est de la RDC continue de s’enliser. Malgré la signature des Accords de Washington et le processus de Doha, les combats se poursuivent sur le terrain. Face à cette situation, les appels à la désescalade et au respect des engagements souscrits se multiplient, tant au niveau national que régional et international, les partenaires insistant sur la nécessité d’appliquer les mesures prévues par ces différents cadres de paix.
Jusqu’à présent, toutefois, ces initiatives diplomatiques n’ont pas permis d’obtenir des avancées concrètes sur le plan sécuritaire. La poursuite des hostilités illustre le fossé qui persiste entre les progrès réalisés dans les discussions politiques et la réalité vécue par les populations dans les zones affectées par le conflit. Combler cet écart demeure l’un des principaux défis du processus de paix.
En outre, les divergences d’interprétation des engagements contenus dans les Accords de Washington continuent d’alimenter les blocages. Chaque partie défend sa propre lecture des dispositions convenues, ce qui complique leur mise en œuvre et entretient les incertitudes quant à l’aboutissement du processus
Clément MUAMBA