Jeudi 18 juin 2020 - 12:38

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60 ans de l'Indépendance: une plume cogne sur les maux et caresse les espoirs de la RDC
Nick Elebe, Nick Elebe, Directeur de Open Society Initiative for Southern Africa (OSISA) en RDC et auteur du livre Pétales dorés.

À quelques jours du 30 juin, la date marquant la célébration du 60e anniversaire de l’Indépendance de la République démocratique du Congo, pays aux multiples richesses, aux guerres incessantes et aux 84 millions d'âmes, une plume à deux visages se révèle à travers : “ Pétales dorés” un recueil des poèmes qui cogne sur les maux et caresse les espoirs d’un peuple qui manque presque de tout.

“Les fleurs”, page 83

 “ Les fleurs sont des mots

Elle disent

Le bonheur et la peine

L’entrain et le chagrin

L’amour et la haine

Les Je t’aime, moi non plus

Les un peu, jusqu’à l’infini”

Si cette déclaration d’amour aux fleurs attendrit dans les dernières pages du livre, les précédentes pages ne ratent aucun mot pour décrire les maux qui dérangent le peuple congolais. C’est sur une sorte de quête identitaire : Zaïre ou RDC , que l’auteur place ses premières phrases, semblable à une invitation patriotique. Le pillage des minerais, toutes formes de violences faite à l’humain, les guerres non oubliées, les combats à mener, les défis à relever et de l’espoir, la vie, l’avenir. 

“ Pétales dorés, c'est pour nous rappeler que la vie est fragile, unique et précieuse comme une fleur. Les pétales qu'on lui prend pour le plaisir, le pouvoir ou l'argent sont des bouts précieux qui marquent et exigent réparation”, explique Nick Elebe, l’auteur du livre lorsqu’on lui pose la question sur le choix du titre. 

Le livre Pétales dorés
Le livre Pétales dorés.

“Alors que les conflits en RDC ont affecté des millions de vies, nous avons tourné la page pensant que nos accords de paix suffisaient à panser les plaies. Nous avons oublié ceux et celles qui en ont souffert. Nous avons dit, ce n'est rien, ça passera... Mais ça ne passe pas... Les stigmates sont encore là et la société en porte les traces” précise-t-il. 

Nick Elebe révèle une plume rebelle et douce à la fois, use des mots justes qu’il dit avoir ficelés depuis 2008, comme une personne qui tient un fil, la recoupe de temps à autre, humidifie la pointe du fil régulièrement pour que l'enfilage soit plus facile. Publié aux premières heures de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, c’est sur les réseaux sociaux que Nick Elebe va présenter pour la première fois les 12 poèmes soigneusement écrits dans les 83 pages du livre le 18 juin. 

Pétales dorées entre dans l'église 

Dans un pays où les églises jouent un rôle important dans le système sociopolitique congolais, quels que soient le régime politique, et ce, depuis l’époque coloniale, l’auteur n'épargne pas cette institution. On ne se rappellera tous qu’à la fin du mandat de Kabila, le rôle joué par la Conférence épiscopale nationale du Congo pour aboutir à un accord de sortie de crise, mais aussi sa position lors des dernières élections. 

“Abbé”, pages 30

“ De quoi parles-tu

Abbé?

Je ne te comprends

Pas curé

N’as-tu pas vu

Ce qu’ils m’ont fait ?

Ce que j’ai subi

Quand ils m’ont violée ?

Es-tu donc si

Étranger que de 

Leur côté tu as

Résolu de te ranger ?

Mais que me chantes-tu

Abbé ?

Ce que j’ai vécu

N’est-ce pas assez ? 

Les pages respirent justice, résilience, liberté et espoir

Le livre balaie les maux de ce pays que l’on chérit. Certaines pages sont les reflets et les souhaits de nos pensées les plus intimes sur la situation précaire de notre pays à travers nos communautés. À la lecture de la page 72, mes pensées s’envolent dans cette guerre des Six Jours à Kisangani. Dans la matinée du 5 juin 2000 éclatait dans cette ville située dans le nord-est de la RD Congo, un conflit à l’arme lourde entre les forces rwandaises et ougandaises, qui soutenaient chacune un groupe rebelle congolais. La guerre des Six Jours, c’est plus de 1 000 morts, au moins 500 blessés et quelque 800 bâtiments détruits. Vingt ans plus tard, les proches des victimes continuent à crier justice. Cette année le docteur Mukwege a apporté sa voix  « Ces crimes les plus graves et leurs conséquences dévastatrices ne peuvent rester rangés dans les oubliettes de l’Histoire. Ils sont imprescriptibles. Aucune immunité, aucun compromis ni « realpolitik » ne peut être invoqué pour éluder les responsabilités des commanditaires. Les victimes et leurs familles ont droit à la vérité, à la justice, à des réparations et des garanties de non renouvellement. »

“Devoir de mémoire” pages 72

Le jour viendra

Où nous ouvrirons

Le livre des souvenirs

(...)

Le jour viendra

Où le silence

Laissera place à la parole

(...)

Un jour viendra

Où les tombeaux

s’ouvriront

Où les lambeaux

De la mémoire

Nous recollerons.  

Finalement, lire ce bouquin en cette période de confinement, c’est un peu comme au moment du temps additionnel d’une rencontre de football, le coach vous balance la phrase que vous avez attendue pendant les temps réglementaires : “ va te chauffer”. Oui, ce livre vous permet de vous chauffer, en faisant une petite liste des objectifs à atteindre dès que le coup de sifflet aura retentit et que le devoir du travail va à nouveau vous appeler.  

Soif de liberté, page 39

Dirigé je suis par des hommes

Sans foi, ni loi

Des hommes pour qui

Ma vie n’est rien

Qu’un poids

Une masse muette

Dont ils voudraient

Se défaire (...)

Nick Elebe est un juriste originaire de la république démocratique du Congo, il est directeur pays du bureau Open Society initiative for Southern Africa ( OSISA) en RDC. Il est passé par Agency for cooperation and Research in Development et la Cour pénale Internationale.

Ange Adihe

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